Grâce à un message de G.Q. (merci à lui !),
nous avons eu accès à une première traduction de cette interview. Nous l'avons corrigée et la publions donc ici-même. C'est un document important après l'insurection de Lalgarh et avant
l'opération "Green Hunt", offensive militaire du gouvernement indien contre le PCI-maoïste. Nous publierons d'autres informations sur le mouvement maoïste indien (ou
naxalite).
Première interview du secrétaire général du Parti communiste indien
(maoïste) sur la lutte armée dans son pays et des questions connexes
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Entretien avec Ganapathi, dirigeant de la révolution maoïste qui monte en Inde
Cet entretien est extrait du numéro du 17 octobre du magazine Open. Ganapathi, secrétaire général du
Parti communiste indien PCI (maoïste), répond aux questions sur le travail du parti dans la région du Lalgarh [au Bengale Occidental, où vient de se produire un soulèvement rural de masse], sur
sa réplique à l’offensive militaire gouvernementale qui s’annonce, sur la situation politique au Népal, sur la défaite du LTTE [tigres Tamouls], sur la nature contradictoire des mouvements
islamistes dans le monde actuel, et le rôle du nouveau chef de l’impérialisme US.
“Nous vaincrons certainement le gouvernement”
Le commandant en chef du PCI maoïste, interviewé pour la première fois, répond aux questions
d’« Open ».
A première vue, Mupalla Laxman Rao, qui aura bientôt 60 ans, ressemble à un instituteur. Et il l’était
effectivement, au début des années 1970 dans le district de Karimnagar en Andrah Pradesh. Mais en 2009 cet homme à la voix douce, porteur de lunettes, est devenu l’homme le plus recherché par
toutes les polices en Inde. Il dirige une des plus importantes insurrections armées de gauche du monde. Un homme connu dans les dossiers du ministère de l’intérieur sous le nom de Ganapathi, un
homme dont les ordres sont relayées dans 15 États de l’Union.
Le commandant en chef du PCI (maoïste) est diplômé en sciences et en éducation. Il enseigne maintenant
la guerre de guérilla aux cadres maoïstes. Il a remplacé le fondateur du GGP (Groupe Guerre populaire), Kondapalli Seetharaamiah, comme secrétaire général du parti en 1991. Ganapathi change
fréquemment de résidence et les rapports des services secrets mentionnent sa présence dans diverses grandes villes comme Hyderabad, Kolkotta, ou Kochi.
Après de longs mois d’attente, Ganapathi a donné pour la première fois son accord pour une
interview. Quelque part au cœur de la jungle impénétrable de Dandakaranya, il a répondu aux questions de Rahul Pandita sur des sujets variés qui vont de la prochaine offensive anti naxalite que
le gouvernement prépare, à ses opinions sur les mouvements jihadistes.
Lalgarh a été décrit comme un nouveau Naxalbari par le PCI(m). Pourquoi ce soulèvement a-t-il acquis
une telle importance pour vous?
Le soulèvement de masse à Lalgarh a, sans aucun doute, rendu l’espoir au peuple opprimé et au camp
révolutionnaire en son entier au Bengale occidental. Il a eu un impact grandement positif non seulement sur le peuple du Bengale occidental mais aussi sur le peuple du pays tout entier. Il
apparaît comme un nouveau modèle pour le mouvement de masses dans le pays. Nous avions déjà vu des soulèvements similaires au Manipur, contre les atrocités commises par l’armée et contre le
décret des pouvoirs militaires spéciaux au Kashmir, au Dandakaranya et jusqu’à un certain point en Orissa, après le massacre de Kalinganagar perpétré par le gouvernement de Naveen Patnaik.
Puis il y a eu les mouvements de masse à Singur et à Nandigram, mais où des fractions des classes
dirigeantes ont également joué un rôle important. Ces mouvements ont été instrumentalisés par les partis des classes dirigeantes pour leurs fins électorales. Mais à Lalgarh c’est un mouvement de
masse plus étendu et plus durable qui s’est produit et qui a refusé de se ranger sous la direction des partis parlementaires, les disqualifiant totalement. Le peuple du Lalgarh a même boycotté le
récent scrutin législatif national, montrant ainsi sans équivoque sa colère et sa déception envers tous les partis réactionnaires émanant des classes dirigeantes. Lalgarh a d’autres traits
intéressants : une forte participation des femmes au mouvement, un caractère authentiquement démocratique et une plus grande mobilisation des Adivasis [membres des tribus, parias de la
société indienne]. Ce n’est donc pas étonnant qu’il soit devenu le point de ralliement des forces démocratiques révolutionnaires du Bengale occidental.
S’il s’agit à Lalgarh d’un mouvement populaire, comment les maoïstes s’y sont-ils trouvés
mêlés?
En ce qui concerne le rôle de notre parti, nous avons travaillé dans les districts de Paschim, Midnapur,
Bankula, et Purulia, dans cette zone habituellement appelée maintenant le Jangalmahal depuis les années 1980. Nous avons combattu les forces féodales locales, l’oppression et l’exploitation par
les fonctionnaires forestiers, les usuriers sans scrupules, les capitalistes, et les bandits du PCM [Parti Communiste Marxiste, au pouvoir dans l’État du Bengale Occidental] et du Congrès Trinamool. Le PCM, en particulier, est devenu le
principal oppresseur et exploiteur des Adivasis de la région, et il a déchainé ses nervis de sinistre réputation, les Harmad Vahini, sur tous ceux qui remettaient en cause son autorité. Avec le
pouvoir d’État en main, avec l’aide de la police, il joue un rôle encore plus néfaste que les féodaux les plus cruels des autres régions du pays.
Dans ces conditions, quiconque ose défier l’oppression et l’exploitation du PCM obtiendra le respect et
la confiance du peuple. Comme notre parti a toujours combattu sans aucun compromis les exactions des nervis du PCM, il a naturellement gagné le respect et la confiance du peuple dans la
région.
Les violences policières qui suivirent l’explosion de mine du 2 novembre [en 2008, le premier ministre
du Bengale occidental, Buddhadeb Bhattacharjee, échappa de peu à l’explosion] servirent de détonateur à la colère accumulée par les masses. Elle prit la forme d’un mouvement populaire de longue
durée où notre parti a joué un rôle catalyseur.
Mais il n’y pas si longtemps, le PCM était votre ami. Vous lui avez même emprunté des armes et des
munitions pour combattre le Congrès Trinamool. Ce qui a été confirmé par un membre du politburo du PCI (maoïste) dans certaines interviews. Et maintenant vous combattez le PCM avec l’aide du
Trinamool. Comment l’ami est-il devenu un ennemi et vice versa ?
Ce que vous dite n’est que partiellement vrai. Nous avons appris en effet que des munitions avaient été obtenues par
un responsable local auprès d’une unité du PCM dans cette zone. Mais ce n’était pas dans le cadre d’un accord avec la direction du PCM. Notre démarche était d’unir tous les secteurs des masses
opprimées contre le gangstérisme et l’oppression du Trinamool à ce moment là dans la région. Et comme une partie des masses était encore sous l’influence du PCM, nous avons combattu à leur coté
contre le Trinamool. Cela dit, considérant la situation générale dans le Bengale occidental, ce n’était pas avisé de demander des armes et des munitions aux PCM même au niveau local vu que la
contradiction concernait à la base deux factions des classes dirigeantes.
Notre comité central en a discuté, a critiqué le camarade responsable de cette décision, et a ordonné
aux camarades impliqués de cesser immédiatement. En ce qui concerne l’obtention de munitions auprès du Congrès Trinamool, je me souviens que nous ne leur avons pas acheté directement mais à
quelqu’un qui était en relation avec eux. Il n’y aura jamais d’accords politiques ou d’accords sous condition avec les marchands d’armes. C’est notre politique depuis le début. En ce qui concerne
les déclarations du membre de notre politburo, nous allons vérifier ce qu’il a effectivement dit.
Quelle est votre stratégie maintenant à Lalgarh après l’offensive massive des forces de l’État et du
gouvernement central?
D’abord je voudrais qu’il soit parfaitement clair que notre parti va contre-attaquer et qu’il se tiendra
fermement aux coté du peuple du Lalgarh et de tout le Jangalmahal, et qu’il aura une stratégie conforme au mandat et aux intérêts du peuple. Nous allons étendre partout la lutte contre l’État et
nous efforcer de gagner les larges masses à la cause du peuple. Nous combattrons l’offensive de l’État en mobilisant davantage les masses contre la police, les milices et les bandits du PCM. Le
développement du mouvement dépendra bien sûr du niveau de conscience et de préparation du peuple dans la région. Le parti en tiendra compte dans la détermination de sa stratégie, dans le but de
libérer pleinement l’initiative des masses.
Le gouvernement s’est référé à Lalgarh comme à un ‘laboratoire’ des opérations anti-naxalites. De
son coté, votre parti a-t-il tiré des leçons de Lalgarh ?
Oui, notre parti aussi a beaucoup de choses à apprendre des masses de Lalgarh. Leur soulèvement est allé
bien au-delà de nos espérances. En fait, c’est la base du peuple avec l’aide d’éléments avancés influencés par les idées politiques révolutionnaires qui a joué le rôle déterminant pour choisir
les formes de la lutte. Elle a constitué sa propre organisation, rédigé sa plate forme de revendication, inventé de nouvelles formes de luttes, et a fait front malgré la brutalité des agressions
de la police et des bandits sociaux-fascistes des bandes de l’Harmad. Le mouvement de Lalgarh a le soutien des forces révolutionnaires et démocratiques non seulement au Bengale occidental mais
dans tout le pays. Nous faisons appel à ces forces pour qu’elles s’unissent pour repousser l’offensive fasciste du gouvernement Buddhadeb au Bengale occidental et du gouvernement central du
Congrès. En bâtissant le front de combat le plus large et en adoptant des tactiques adéquates combinant le mouvement militant politique de masse avec à la résistance populaire armée et l’action
de notre AGPL [Armée de Guérilla Populaire de Libération], nous infligerons la défaite à l’offensive massive des forces du Centre. Je ne peux pas en dire davantage en ce moment.
Le Centre a déclaré une guerre totale aux maoïstes en qualifiant le PCI maoïste d’organisation
terroriste et en imposant son interdiction dans l’ensemble de l’Inde. Quelles en sont les conséquences pour votre parti ?
Notre parti était déjà interdit dans plusieurs états de l’Inde. En imposant l’interdiction aux autres
états, le gouvernement veut rendre impossible nos activités légales au Bengale occidental et dans quelques autres états où des possibilités légales subsistaient. Le gouvernement veut utiliser
cette loi scélérate de Prévention des Activité Illégale pour persécuter quiconque ose lever la voix contre les exécutions illégales au cours de fausses opérations militaires, les viols, et les
autres exactions policières contre les habitants des régions contrôlées par les forces maoïstes. Quiconque demandera des comptes sur la brutalité des forces de l’État sera automatiquement classé
comme terroriste.
Les vrais terroristes et les pires menaces pour la sécurité nationale ne sont autres que Manmohan Singh,
Chidambaram, Buddhadeb, et d’autres chefs de la classe dirigeante et des forces féodales qui terrorisent le peuple quotidiennement.
Le gouvernement de l'UPA a commencé son deuxième mandat en annonçant qu’il écraserait la ‘menace’
maoïste et s’est mis à verser des fonds énormes aux états dans cette intention. La cause immédiate en est la pression exercée par la bourgeoisie compradore et bureaucratique et les impérialistes,
et en particulier l’impérialisme des États-Unis qui veut piller les ressources de notre pays sans entraves. Ces requins aspirent aux richesses naturelles minérales et forestières abondantes d’une
vaste région qui s’étend du Jangalmahal jusqu’au au nord de l’Andrah Pradesh. Cette région est la plus riche et pourtant la moins développée de notre pays. Ces requins veulent y piller la
richesse et chasser les Adivasis de la région pour les appauvrir davantage.
Une autre raison importante de l’offensive actuelle des classes dirigeantes est la peur de la
croissance rapide du mouvement maoïste et de son influence croissante sur une part significative de la population de l’Inde. Les Gouvernements Populaires à Dandakaranya et les comités populaires
révolutionnaires au Jharkand, en Orissa, et dans des secteurs d’autres États sont devenus des modèles de développement et de démocratie authentiques. Les dirigeants veulent écraser ses nouveaux
modèles de développement et de démocratie authentiques car ils commencent à apparaître au peuple dans l’ensemble du pays comme la véritable alternative.
Le ministère de l’intérieur prépare le lancement d’une offensive de longue haleine contre les
maoïstes. Une force militaire énorme s’apprête à de vous chasser des territoires que vous contrôlez. Quel-est votre plan pour résister à cette offensive ?
Les gouvernements successifs du Centre et dedifférents états ont nourri des plans dans ce sens depuis
bien des années. Mais ils n’ont pu obtenir aucun succès important malgré leurs actes de cruauté et les meurtres de centaines de nos cadres et de nos dirigeants. Notre parti et notre mouvement a
continué à se consolider et à s’étendre géographiquement. De deux ou trois états à l’origine, il est maintenant actif dans plus de 15, ce qui provoque la panique des classes dirigeantes. Surtout
depuis la fusion de l’ancien MCCI et de People’s War en septembre 2004 [la fusion qui a donné naissance au PCI maoïste], le gouvernement de l’UPA a déchainé une offensive générale et sans merci
contre le mouvement maoïste. Mais notre parti a continué sa croissance malgré quelques pertes sévères. Ces trois dernières années, en particulier, notre armée a remporté plusieurs victoires
importantes.
Nous nous sommes confrontés aux offensives continues de l’ennemi avec le soutien et l’implication active
des masses. Nous continuerons à affronter la nouvelle offensive de l’ennemi en rehaussant le niveau de cette résistance héroïque et en y préparant le parti entier, l’armée de libération, les
divers partis et organisations révolutionnaires et le peuple tout entier. Bien que l’ennemi puisse obtenir quelques succès dans la phase initiale de son offensive, nous prévaudrons certainement
et nous vaincrons l’offensive gouvernementale grâce à la mobilisation active des masses et au soutien de toutes les forces révolutionnaires et démocratiques de tout le pays. Aucun régime fasciste
ou aucun dictateur militaire dans l’histoire n’a jamais pu supprimer par l’usage de la force brutale les luttes démocratiques et justes du peuple, au contraire, ils ont été balayés à leur tour
par la marée montante de la résistance populaire. Le peuple, qui fait l’histoire, se lèvera comme un ouragan sous la direction de notre parti pour éliminer les vampires réactionnaires suceurs de
sang qui dirigent notre pays.
Comment analysez-vous les graves échecs du PCI maoïste en Andrah Pradesh?
En 2006, nous avons essuyé une défaite sévère dans la plus grande partie de l’Andrah Pradesh. Elle était
due à plusieurs erreurs de notre part. Cela dit, il faut aussi examiner l’affaire d’un autre point de vue. Dans toute guerre populaire prolongée, il y a des avancées et des reculs. Si l’on
met en perspective la situation générale en Andrah Pradesh, vous la comprendrez comme une sorte de retraite. Confrontés à une force supérieure, nous avons choisi de retirer nos forces
temporairement de certaines régions d’Andhra Pradesh , d’étendre et de développer nos bases dans les régions voisines, pour contrattaquer par la suite.
Même si nous avons subi un échec, il faut garder à l’esprit qu’il n’est que provisoire. Aucune des
conditions objectives qui ont déterminé le début de notre révolution en Andrah Pradesh n’a subi de changement basique. Ce fait objectif continue à servir de base pour la croissance et
l’intensification de notre mouvement. De plus, nous avons maintenant une base de masse consolidée, une armée populaire de guérilla mieux entrainée et un parti basé dans toutes les régions de
l’Inde aux racines profondes parmi les classes qui constituent l’épine dorsale de notre révolution. C’est pourquoi les dirigeants réactionnaires ne peuvent pas écraser notre guerre
révolutionnaire qui fait rage dans plusieurs États du pays.
Nous avons tiré les bonnes leçons de l’échec subi par notre parti en Andrah Pradesh et, basé sur ces
leçons, nous avons développé des tactiques dans les autres états. Ainsi nous sommes en capacité de répliquer avec efficacité aux attaques cruelles et généralisées de l’ennemi, de lui infliger des
pertes sévères, de préserver nos forces subjectives, de consolider notre parti, de développer l’Armée de Guérilla Populaire de Libération, d’établir les formes embryonnaires de nouveaux
gouvernements démocratiques populaires dans certaines poches libérées, et de porter la guerre populaire à un niveau supérieur. De ce point de vue nous sommes en position de force pour revitaliser
le mouvement en Andrah Pradesh. Notre révolution avance par vagues et au reflux succèdera la marée haute.
Quelles-sont les causes du revers qu’ont subi les LTTE au Sri Lanka?
Sans aucun doute le mouvement pour un Tamil Eelam distinct et souverain a subi un sérieux revers avec la
défaite et l’hécatombe considérable des troupes des LTTE. Le peuple Tamoul et les forces de libération nationales sont maintenant sans direction. Mais le peuple Tamoul continue à aspirer à
l’indépendance. Les conditions qui ont donné naissance au mouvement nationaliste pour Tamil Eelam n’ont pas changées. Les chauvins singhalais des classes dirigeantes du Sri Lanka ne
pourront en rien modifier leurs politiques discriminatoires aux dépens de la langue, de la culture et de la nation tamoule. Les manifestations et les célébrations grotesques organisées par le
gouvernement et les partis chauvins singhalais au Sri Lanka à l’annonce de la mort de Prabhakaran et de la défaite des LTTE montrent la haine nationale envers les Tamouls qui a été cultivée par
les organisations singhalaises, et le degré d’empoisonnement des esprits des Singhalais ordinaires par l’hystérie chauvine.
La conspiration des classes dirigeantes singhalaises pour s’emparer des territoires Tamouls est
comparable à celle des dirigeants sionistes en Israël. Le peuple Singhalais privé de terres va maintenant être placé dans les zones tamoules. La démographie de la région va être entièrement
modifiée. Le terrain reste favorable à une réémergence de la lutte de libération tamoule.
Même si ça doit prendre temps, la guerre pour la création d’un état séparé Tamoul au Sri Lanka reprendra
certainement, lorsque les leçons auront été tirées de la défaite des LTTE. En choisissant un point de vue et une idéologie prolétarienne, en adoptant de nouvelles tactiques et en construisant un
front uni le plus large possible de toutes les forces nationalistes et démocratiques, il est possible de parvenir à la libération de la nation tamoule opprimée [au Sri Lanka]. Les forces maoïstes
doivent se renforcer pour fournir une direction correcte et une orientation anti-impérialiste à la lutte pour un une république démocratique populaire souveraine du Tamil Eelam. C’est seulement à
ces conditions que la nation tamoule peut réellement obtenir sa libération au Sri Lanka.
Est-il vrai que votre entrainement militaire initial provenait du LTTE?
Non, c’est inexact, et nous avons déjà démenti cette assertion plusieurs fois.
Mais l’un de vos principaux commandants m’a dit que des cadres importants de l’ancien GGP avaient
bien reçu des armes et de l’entraînement, et d’autres formes de soutien de la part des LTTE.
Laissez moi donc réaffirmer qu’il n’y aucun lien de quelque nature que ce soit entre le LTTE et notre
parti. Nous avons essayé à plusieurs reprises d’en établir mais sa direction était réticente à l’idée d’entretenir des liens avec les maoïstes en Inde. Ainsi, il n’était évidemment pas question
pour eux de nous fournir un entrainement militaire. Malgré ces faits, nous avons persisté dans notre soutien à la lutte pour le Tamil Eelam. Cela dit, quelques éléments qui s’étaient séparés du
LTTE nous ont contacté et nous avons utilisé leur aide à la fin des années 1980 dans nos premiers entrainements.
Votre parti entretient-t-il des liens avec Lashkar el Toiba ou d’autres groupes militants islamistes
en lien avec le Pakistan?
Non, pas du tout. Il ne s’agit que de mensonges ourdis par la propagande policière, les bureaucrates et
les chefs des partis réactionnaires pour nous discréditer et justifier leurs actes de cruauté contre le mouvement maoïste. En propageant ces mensonges, selon lesquels notre parti aurait des liens
avec des groupes liés au ISI pakistanais, les dirigeants réactionnaires veulent prouver que nous sommes des terroristes et légitimer leur propre campagne terroriste contre le peuple et les
maoïstes dans les régions où a lieu la lutte armée paysanne. Tenter de prouver le rôle de l’étranger dans chaque lutte juste et démocratique, cataloguer ceux qui combattent pour la libération ds
opprimés comme des traitres à leur patrie, cela fait partie de la panoplie habituelle des moyens de leur guerre psychologique.
Quelle est la position de votre parti par rapport aux mouvements islamistes jihadistes?
Les mouvements islamistes jihadistes actuels sont un produit de l’impérialisme, et en particulier de
l’impérialisme US et de ses agressions, interventions, pressions, exploitation et destruction des pays arabes ou musulmans riches en pétrole en Asie occidentale, Afghanistan, Somalie, Pakistan,
etc. et de leur persécution de l’ensemble des musulmans. Dans leur plan pour l’hégémonie globale, les impérialistes, en particulier l’impérialisme US, ont encouragé et soutenu toutes les guerres
d’agression et les coups de forces de leur État satellite Israël.
Notre parti prend position sans équivoque contre toutes les attaques de pays musulmans ou arabes et de
la communauté musulmane dans le sens large dans le cadre de la soi-disant ‘guerre globale au terrorisme’. En réalité le fondamentalisme religieux musulman est encouragé et protégé par les
impérialistes, du moment qu’il est au service de leurs intérêts - en Arabie Saoudite, dans les pays du Golfe, au Koweït, en Afghanistan, en Irak, au Pakistan.
Mais que pensez-vous des attaques perpétrées par les soi-disant‘ jihadistes’ contre des innocents
comme le 26/11/2008?
Voyez-vous, les mouvements jihadistes ont un double aspect : anti-impérialiste d’un coté, réactionnaire
sur le plan social et culturel de l’autre. Notre parti soutient la lutte anti-impérialiste des pays et des peuples musulmans, tout en critiquant et luttant contre l’aspect réactionnaire de
l’idéologie et de la conception sociale des fondamentalistes musulmans. Seule la direction maoïste peut apporter une orientation correcte à la lutte anti-impérialiste et réaliser l’unité de
classe entre musulmans et peuples d’autres confessions. L’influence du fondamentalisme diminuera à mesure que croitra sur les masses musulmanes celle des communistes révolutionnaires, et d’autres
forces démocratiques laïques. En tant que communistes révolutionnaires nous luttons de façon permanente pour diminuer l’influence de l’idéologie et de la conception obscurantistes des mollahs sur
les masses musulmanes, tout en nous unissant avec tous ceux qui combattent l’ennemi commun de tous les peuples du monde, l’impérialisme et particulièrement l’impérialisme US.
Comment voyez-vous les changements de la politique US après la victoire de Barack Obama sur Georges
Bush?
Premièrement, serait fou celui qui s’imaginerait qu’il va se produire un changement qualitatif de la
politique américaine (interne ou extérieure) après l’élection de Barack Obama. La politique de sécurité nationale et la politique étrangère qu’il a menées depuis 8 mois montrent pour l’essentiel
la continuité avec celle de son prédécesseur. Les justifications idéologiques et politiques de ces politiques intérieures régressives et des politiques extérieures agressives sont tirées des
mêmes poubelles que celles qu’avançaient l’administration Bush - la soi-disant « guerre au terrorisme » qui se base sur des mensonges et des calomnies éhontées. Pire encore, ces
politiques sont encore plus agressives qu’avant sous Obama avec son plan d’expansion de la guerre sous direction américaine d’Afghanistan vers le Pakistan. Les mains du nouvel assassin-en-chef à
la tête de la meute des loups impérialistes sont déjà tâchées du sang de centaines de femmes et d’enfant brutalement exécutés par les missiles impitoyables lâchés par les drones Prédator en
Afghanistan et au Pakistan. Et aux États-Unis, le rachat des dettes d’une minuscule élite capitaliste et les attaques contre les droits démocratiques et humains des citoyens américains continuent
sans aucun changement.
Les peuples et les nations opprimés font maintenant face à un ennemi encore plus formidable et
dangereux, sous la forme d’un président afro –américain de la plus grande machine de guerre et gendarme du monde. Les peuples du monde doivent s’unir pour mener une lutte plus déterminée, plus
militante, plus cohérente contre les brigands américains conduits par Barack Obama et se consacrer à la tâche de les vaincre pour faire naitre un monde de paix, de stabilité et de vraie
démocratie.
Quel est votre point de vue sur le développement de la situation au Népal?
Dès que le Parti Communiste du Népal - maoïste [PCN-M, devenu ensuite PCUN-M] est parvenu au pouvoir au
sein d’une alliance avec des partis compradores-féodaux par la voie parlementaire, nous avons attiré l’attention sur les graves dangers d’intervention impérialiste et expansionniste indienne, et
sur le fait qu’ils remueraient ciel et terre pour renverser le gouvernement dirigé par la PCN-M. Tant que Prachanda n’a pas défié les directives du gouvernement indien, il lui a été permis de
continuer à gouverner, mais quand son gouvernement s’est mis à s’opposer à l’hégémonie indienne, il a été immédiatement renversé. Le PCN-UML a retiré son soutien au gouvernement de Prachanda sur
l’injonction des impérialistes américains et des expansionnistes indiens. Nous sommes en désaccord avec la ligne de transition pacifique mise en pratique par le PCUN-M sous couvert de tactique.
Nous avons décidé d’envoyer une lettre ouverte au PCUN-M en juillet 2009.
Nous avons clairement énoncé la position de notre parti dans cette lettre. Nous avons montré que le
PCUN-M a choisi de réformer l’État existant par la voie d’une assemblée constituante élue et d’une république démocratique bourgeoise au lieu d’adhérer fermement à la thèse marxiste-léniniste de
la nécessité de briser l’ancien État pour instaurer le nouvel État prolétarien. Une telle mesure aurait été le premier pas vers la réalisation du socialisme par la transformation radicale de la
société et de tous les rapports de classe d’oppression. C’est certainement une grande tragédie que le PCUN-M ait choisi d’abandonner la voie de la guerre populaire prolongée pour choisir celle de
l’action parlementaire à la place, alors qu’il détenait le pouvoir de facto dans la plus grande partie des campagnes.
Et il est réconfortant d’apprendre qu’une partie de la direction du PCUN-M a entrepris de lutter
contre les positions révisionnistes du camarde Prachanda et d’autres. Au vu de la grande tradition révolutionnaire du PCUN-M, nous espérons qu’à l’issue de la lutte interne du parti la ligne
opportuniste de la direction actuelle sera répudiée, et que les pratiques révisionnistes et opportunistes seront abandonnées, et que les esprits s’appliqueront à nouveau à l’intelligence créative
de la situation concrète au Népal.
Récemment le parti a souffert de sérieuses pertes parmi sa direction aussi bien au niveau des états
qu’au niveau central. De plus, l’opinion générale est que la plupart des dirigeants maoïstes, vous compris, sont devenus vieux, sont gravement malades, ce qui est aussi avancé comme l’explication
de certaines redditions. Quel est l’effet des pertes et des redditions sur votre mouvement ? Comment affrontez-vous les problèmes qui sont liés au vieillissement et aux maladies des
cadres ?
(Sourire …) Ce type de propagande a été mis en œuvre de manière continue, surtout par les services
secrets d’Andrah Pradesh. C’est un des aspects de la guerre psychologique menée par les officiers de renseignement et d’état major ennemis pour troubler et démoraliser les sympathisants du
mouvement maoïste. C’est exact que certains dirigeants du parti au niveau central et d’état peuvent être classés comme des « seniors » d’après les critères du gouvernement, c'est-à-dire
ceux qui ont franchi le seuil des 60 ans. Vous pourrez bientôt me considérer comme un « senior », dans quelques mois (sourire). Mais la vieillesse et la maladie n’ont jamais été un
problème important dans la vie du parti jusqu’à maintenant. Vous pouvez voir les « seniors » du parti travailler 16 à 18 heures par jour et parcourir de longues distances à pied. En ce
qui concerne les redditions, c’est un gros mensonge de les attribuer à la vieillesse et à la maladie.
Quand Lanka Papi Reddy, ancien membre de notre comité central s’est rendu au début de l’année dernière,
les médias ont fait courir le bruit que d’autres redditions de dirigeants de notre parti auraient lieu bientôt à cause de leur âge ou de leur mauvais état de santé. Le fait est que Papi Reddy
s’est rendu à cause de la perte de ses convictions politiques, et de son ego, de son goût pour un faux prestige petit bourgeois. C’est ainsi qu’il n’était pas prêt à rendre des comptes au parti
après qu’il ait été démis de ses fonctions par le comité central à cause de son comportement anarchique à l’égard d’une camarade.
Certains dirigeants âgés de notre parti, comme les camarades Sushil Roy et Narayan Sanyal, sont devenus
le cauchemar des classes dirigeantes, même à 65 ans passés. C’est ainsi qu’ils ont été arrêtés, torturés et emprisonnés malgré leur mauvaise santé et leur âge avancé. Le gouvernement fait
l’impossible pour empêcher leur remise en liberté. Même si un membre de notre parti est vieux, il/elle continue à servir la révolution en accomplissant toute tâche dans ses possibilités. Ainsi le
camarade Niranjan Bose, qui est mort récemment à 92 ans, a accompli des tâches de propagande révolutionnaire jusqu’à l’heure du martyre. Les dirigeants social-fascistes avaient si peur de ce
révolutionnaire maoïste nonagénaire qu’ils l’avaient même encore arrêté il y a quatre ans. Tel est l’esprit des révolutionnaires maoïstes - et le pouvoir de l’idéologie marxiste-léniniste-maoïste
dont ils lèvent le flambeau. Et quand il y a des maladies graves, ou des handicaps physiques ou mentaux qui empêchent d’accomplir des tâches normales, les camarades affectés se voient attribué un
travail adapté.
Mais comment réagissez-vous à l’arrestation et à l’élimination d’une partie de votre direction?
Comment comptez-vous remplacer ces pertes?
Il est exact que nous avons perdu des dirigeants importants au niveau des états et au niveau central
depuis quatre ou cinq ans. Certain ont été arrêtés en secret et assassinés de la manière la plus lâche. Beaucoup d’autres et des dirigeants d’état ont été arrêtés et placés derrière les barreaux,
dernièrement, dans le Jharkand, Bihar, Chhatisgarh, Orissa, Bengale occidental, Maharashtra, Haryana et d’autres états. Ces pertes auront un impact grave sur le parti et sur la révolution
indienne dans son ensemble. Nous examinons régulièrement les raisons de ces pertes et nous développons de nouvelles méthodes pour les faire cesser. En adoptant des méthodes secrètes
d’organisation plus strictes, et des règles de clandestinité qui protègent contre les erreurs, en renforçant notre implantation dans les masses, notre vigilance et nos réseaux d’information
locaux, en brisant ceux de l’ennemi et en étudiant leurs plans et leur stratégies, nous espérons éviter d’autres pertes. Et nous sommes aussi en train d’entrainer et d’éduquer de nouveaux
dirigeants à tous les niveaux pour combler les pertes.
Comment définissez-vous l’étape présente de la guerre entre vos forces et celles de l’État
Indien ?
Nous sommes en situation de défensive stratégique. Dans certaines régions nous avons le dessus, dans
d’autre c’est l’ennemi qui a l’initiative. Dans l’ensemble, nos forces ont obtenu des succès en menant une série de contre-offensives tactiques dans nos zones de guérilla, ces dernières
années.
Il est exact que notre parti a subi d’importantes pertes au niveau de la direction, mais nous pouvons
aussi infliger des pertes sévères à l’ennemi. Durant les trois dernières années, l’ennemi a eu davantage de pertes que nous. Il essayé par tous les moyens à sa disposition d’affaiblir, de rompre,
d’écraser notre parti et notre mouvement. Ils ont essayé d’utiliser des agents infiltrés et des délateurs, versé d’énormes sommes d’argent pour corrompre des éléments faibles du camp
révolutionnaire, et ont annoncé une série de plans de réhabilitation et d’autres primes pour provoquer des désertions. Des millions de roupies ont été affectés à la modernisation des forces de
police, au recrutement et à l’entrainement de forces supplémentaires, pour former des commandos ; pour accroitre les forces du Centre ; pour entrainer ses forces et celles des états à
la guerre contre-insurrectionnelle ; et pour construire des routes, des réseaux de communication, et d’autres infrastructures pour permettre le mouvement rapide de leurs troupes en zone de
guérilla. Les États indiens ont mis sur pied des milices et soutenu sans réserve les abominations commises contre le peuple par ces bandes armées. La guerre psychologique contre les
maoïstes a atteint un niveau sans précédent.
Malgré tout, nous avons continué de faire de plus grandes avancées, consolidé le parti et les comités
populaires révolutionnaires à divers niveaux, renforcé l’AGPL quantitativement et qualitativement, détruit les réseaux d’information ennemis dans divers secteurs, déjoué les tentatives
d’écrasement de notre mouvement par l’ennemi, et contrecarré effectivement la dégoutante guerre psychologique menée par l’ennemi. Les succès que nous venons d’obtenir dans diverses
opérations de contre-offensive tactiques ces derniers jours à travers le pays, les mouvements de masse militants dans plusieurs états, en particulier contre les déplacements forcés de population
et pour d’autres causes populaires brûlantes, les initiatives de nos gouvernements populaires révolutionnaires à divers niveaux, tout ceci a un grand impact sur le peuple et contribue à
démoraliser les forces ennemies. Il y a des informations qui circulent sur des mutineries et des désertions parmi les miliciens des forces de répression recrutés contre les maoïstes dans les
zones où ils dominent. Nombreux sont ceux qui refusent l’entrainement à la guerre dans la jungle ou de prendre positions dans les secteurs que nous contrôlons, subissant des sanctions. Cette
tendance va s’amplifier avec la croissance de notre guerre populaire. Dans l’ensemble, l’influence de notre parti est devenue plus forte et il commence à être reconnu par le peuple comme la seule
véritable alternative qui lui soit proposée.
Combien de temps va durer cette défensive stratégique, avec le Centre qui a décidé de vous prendre à
la gorge?
L’étape actuelle de défense stratégique va durer encore quelques temps. Il est difficile de prévoir
combien de temps sera nécessaire pour passer à l’étape d’équilibre stratégique. Cela dépend de la transformation de nos zones de guérilla en zones de base, de la création de nouvelles zones de
guérilla et de résistance rouge dans tout le pays, du développement de l’Armée de Guérilla Populaire de Libération. Avec la crise qui va sans cesse s’aggravant dans tous les domaines à cause des
politiques antipopulaires des gouvernements pro-impérialistes, pro-féodaux, le mécontentement et la colère croissante des masses résultant des politiques avides de pillage des classes
dirigeantes, nous sommes sûrs que les larges masses de ce pays vont rejoindre les rangs des révolutionnaires et porter la révolution indienne à sa prochaine étape.
Traduction GQ 25/10 /2009 – Corrigée par le Comité de Solidarité Franco-Népalais le 26/10/09