Bulletin n°2 (suite 2...)

Aucun compromis idéologique et politique

Interview de C.P GAJUREL, en fonction, Bureau International,

Parti Communiste du Népal-Maoïste

 

Quels sont les problèmes principaux que le PCN-maoïste doit résoudre dans le contexte national et international après  le raz de marée de la victoire aux élections pour l’Assemblée Constituante ?

Les résultats définitifs des élections pour l’Assemblée Constituante (AC), donnent notre Parti  victorieux et il est devenu le plus grand parti à l’AC. C’est la victoire du peuple népalais mais c’est aussi celle de tous les peuples opprimés dans le monde. Cependant, ce n’est pas une victoire finale et il reste de nombreux défis à relever. Nous avons en fait encore d’importants défis à relever. Malgré notre victoire, les autres partis ne sont pas prêts à remettre le pouvoir à notre Parti et le débat se poursuit à propos de qui sera le Premier Ministre et qui sera le Président. Il y a aussi débat à propos des postes principaux à répartir entre les différents partis.

Deuxièmement, certaines puissances ne voulaient pas que les maoïstes soient le plus grand parti ; ils ne voulaient que les maoïstes gagnent les élections. Ils continuent à essayer de faire obstacle, premièrement à la formation du gouvernement et en second lieu, une fois le gouvernement constitué, ils vont s’efforcer  de créer des difficultés afin d’empêcher le gouvernement  maoïste de fonctionner correctement. A cause de la pénurie des choses, de denrées et de matériaux, il y aura un certain mécontentement parmi les masses et les maoïstes seront dans l’incapacité de conduire le gouvernement d’une façon satisfaisante. Nous avons à résoudre de nombreux problèmes. Mais, la situation est que nous avons le soutien des masses au Népal et de millions de gens dans le monde. Nous savons que nous sommes capables d’affronter la situation.

La victoire du PCN-m aux élections pour l’Assemblée Constituante est la victoire du prolétariat. Au cours de l’histoire, les Bolcheviks sous la direction du Camarade Lénine ont tenu des élections pour une Assemblée Constituante, mais les ont perdues. Aujourd’hui au Népal, le PCN-m a gagné. Quel message adressez-vous à la communauté internationale ?

Oui, pendant la Révolution russe, cela s’est produit à propos de l’Assemblée Constituante. Parce que les Mencheviks et les Socialistes Révolutionnaires avaient des positions très fortes à tous les niveaux ; ensemble ils pouvaient avoir la majorité des sièges. Les Bolcheviks ont dû se contenter d’une minorité de sièges.

Étant donnée la situation, Lénine a décidé de poursuivre la Révolution et a dissous l’Assemblée Constituante. Parce que les droitistes et les opportunistes étaient de véritables agents de la classe capitaliste, ils se refusaient à laisser le Prolétariat élaborer une nouvelle constitution ; le Parti Bolchevik courait un grand risque, le risque que la Révolution soit écrasée.

Mais la situation actuelle est différente. Nous avons réussi à avoir plus que la majorité  mais pas dans les élections à la proportionnelle. Cependant notre Parti est le plus important des grands partis. Aucun des autres partis n’a obtenu ce pourcentage de voix. La raison en est que les partis de droite et les révisionnistes n’ont pas confiance dans les masses et que les masses ne leur font pas confiance. Notre Parti, au cours de la guerre populaire de dix ans et du Mouvement Populaire de 19 jours a joué un rôle majeur ; grâce à l’expérience acquise dans le passé à former un nouveau gouvernement dans les campagnes, les masses ne plaçaient leurs espoirs que dans le P.C du Népal - maoïste. C’est pour cette raison qu’elles ont voté pour nous aux élections pour la rédaction d’une nouvelle constitution.

Le futur gouvernement devra résoudre de nombreux problèmes, et le peuple place ses espoirs dans le PCN-M.

Quelles seront les priorités dans la nouvelle constitution pour répondre aux aspirations et besoins du peuple ?

Les problèmes principaux auxquels la nouvelle constitution doit répondre ont déjà été listés dans notre déclaration d’engagement. Ce qu’exigent la Révolution et le peuple népalais en tout premier lieu, c’est le renversement de la monarchie et l’avènement d’une République Démocratique Fédérale (RDF). Nous sommes assurés d’une bonne position à l’Assemblée et notre Parti pourra l’emporter sur les autres forces. Nous voulons élaborer une nouvelle constitution sous la forme spécifique d’une RDF.

Il reste d’autres questions fondamentales à résoudre. Celle du niveau de vie et du développement d’ensemble de la société qui est très pauvre. Il nous faut répondre à tous ces besoins élémentaires des masses. D’autre part, il existe des traités inégaux signés dans le passé et nous devons les réviser. Certains devront être renégociés. Il nous faut réviser tous ces traités. Les traités devront être signés sur une base d’égalité. Certains problèmes sont liés à la gestion de la Nouvelle République Démocratique. Parce que la bourgeoisie ne manquera pas de saboter le processus ; la classe battue va essayer de reprendre  le pouvoir. Elle va créer des problèmes chaque fois que possible. Elle trouvera les prétextes voulus ; elle est dans cette envie de créer des problèmes.

Sur la base des priorités, il nous faudra résoudre ces questions. Par exemple, en tout premier lieu, il est nécessaire sur le plan politique, de renverser la monarchie et d’instaurer une République Démocratique Populaire Fédérale conforme à nos aspirations. En second lieu, il nous faut résoudre aux problèmes économiques fondamentaux des masses.

Dans le contexte de la nouvelle situation le PCN-m doit établir des relations diplomatiques avec les autres pays. Sur quels principes s’appuiera-t-on pour ces relations diplomatiques ?

Les principes de base seront ceux des cinq de la co-existence. C’est la base des relations internationales d’État à État. Un autre aspect fondamental est la nécessité d’établir des relations avec les autres états et gouvernements, dans l’intérêt national du Népal comme toute première priorité. Il nous faut établir la relation avec tout le pays. La base sera celle de l’intérêt le plus large du peuple népalais et de la nation.

Ces deux choses, comme nous l’avons expliqué devant l’Organisation des Nations Unies, les cinq principes de la co-existence et les intérêts fondamentaux du peuple népalais et de la Nation, sont les critères fondamentaux en matière de nos relations diplomatiques.

Le PCN-m va entrer au gouvernement. Comment allez-vous gérer la relation controversée d’État  à État et les relations avec les partis et organisations communistes ?

A coup sûr, quand nous serons au gouvernement, nous devrons gérer ces deux types de relations. Parce que nous sommes communistes et que notre Parti est un parti communiste, notre objectif est la transition du socialisme au communisme. Nous n’avons pas abandonné cet objectif. Nous avançons dans cette direction. Nous sommes internationalistes parce que nous sommes communistes. C’est pourquoi les relations avec les autres partis communistes se  développeront sur la base de l’internationalisme prolétarien. Et sans interférer dans les affaires d’aucun Parti Communiste, nous développerons nos relations sur la base de l’internationalisme prolétarien.

Ainsi, en ce qui concerne la relation d’État à État, c’est sur les bases des cinq principes de la co-existence pacifique que nous établirons ces relations d’État à État. Il ne nous sera pas difficile de gérer ces deux types de relations parce que nous avons tiré maintes leçons chez les partis communistes précédemment au pouvoir. Par exemple, le parti bolchevik a été au pouvoir, ainsi que le parti communiste chinois et ces deux pays ont maintenu leur relation avec différents États ainsi qu’entre partis communistes. Nous ne ferons aucun compromis sur notre idéologie et notre politique sous prétexte d’être au gouvernement ; nous ne négocierons pas sur nos principes fondamentaux, notre idéologie et notre politique.

Le Président Prachanda a dit expressément que le Parti était sur l’offensive stratégique, que le Parti maoïste était en train d’entrer dans une nouvelle phase appelée « la guerre de la table », une bataille qui ne se déroule pas sur le champ de bataille mais au parlement. C’est une chose que de nombreux communistes de part le monde n’ont pas parfaitement compris ; ils pensent qu’en se joignant au processus de paix, le Parti a « trahi » ; que le Parti n’est plus  un parti révolutionnaire et est devenu un parti révisionniste ou réformiste. L’écrasante victoire du CPN Maoïste aux élections pour l’Assemblée Constituante démontre que les Maoïstes ont remporté « la guerre de la table» ; ils ont battu les partis parlementaires à leur propre jeu, sur leur terrain, au nez et à la barbe de cette organisation impérialiste, les Nations Unies. Ce que signifie cette victoire pour les Maoïstes n’est pas de se substituer aux partis parlementaires et faire la même chose qu’eux. La signification de cette victoire, c’est la restructuration de l’Etat par les Maoïstes, la marche vers le Socialisme et le Communisme. C’est la volonté du peuple.

Cependant, même après la victoire des Maoïstes aux élections pour l’Assemblée Constituante, les vieux partis bourgeois se refusent à servir dans un gouvernement dirigé par les Maoïstes et essaient de poser des obstacles. La direction maoïste s’y attendait. Les partis parlementaires ont été battus à plate couture aux élections, et ils sont en passe de se faire battre de nouveau. Le Congrès Népalais a décidé de ne pas se joindre au gouvernement à moins que certaines conditions soient remplies, dont la dissolution de la Ligue de la Jeunesse Communiste (LJC). Le CPN UML a avancé la même exigence.

Pour comprendre cette exigence du Congrès Népalais et du CPN UML il est important de reconnaître la nature du Congrès Népalais et du CPN UML et de ce qu’ils représentent. La réalité de toute politique, c’est la lutte de classe ; le Congrès Népalais et le CPN UML représentent une classe appelée la « bourgeoisie compradore ». Cette classe est bien connue en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Elle se compose de l’élite féodale traditionnelle et de la nouvelle classe bureaucratique qui doivent leur position sociale privilégiée au fait de servir les intérêts des puissances impérialistes étrangères comme par exemple l’Etat expansionniste indien. Les membres de la bourgeoisie compradore sont les représentants et les valets des puissances impérialistes dans les pays opprimés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine.

La bourgeoisie compradore a ceci de particulier qu’elle a deux visages ; avec l’un, elle crache sur son propre peuple, avec l’autre elle embrasse ses maîtres occidentaux. Les exigences du Congrès Népalais et du CPN UML sont donc celles des Etats-Unis et de l’Inde transmises par les voix des politiciens népalais. Pourquoi les USA et l’Inde veulent-ils la dissolution de la Ligue de la Jeunesse Communiste ? C’est tout à fait évident : sans la LJC, il sera facile de perpétrer un coup d’état militaire, mais avec la LJC, ce sera impossible puisque la Ligue contrôle la rue et les masses sont avec elle. En refusant de se joindre à un gouvernement dirigé par les Maoïstes et en créant des obstacles sur le chemin des Maoïstes, le Congrès Népalais et le CPN UML précipitent leur propre destruction, car ils seront complètement balayés par Janandolan (Mouvement Populaire NdT).

Au moment où les puissances parlementaires s’accrochent désespérément au pouvoir politique, les royalistes vaincus essaient eux aussi de s’accrocher au pouvoir. Même après leur humiliante défaite aux élections, ils ne comprennent toujours pas le sentiment populaire. Si le dernier roi et ses fidèles ne veulent pas respecter la volonté du peuple, le peuple les balaiera une bonne fois pour toutes. Les Etats Unis et les autres puissances impérialistes doivent apprendre à respecter la démocratie et cesser de s’ingérer dans les affaires d’autres nations. The Red Star, 16-31 Mai 2008 n°8

 

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