Bulletin n°3 (suite...)

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La masse des travailleurs des villes avec le PCN-m

Extraits d’une interview avec le Camarade Ganesh Prasad Regmi,

 Secrétaire Général de la Confédération des Syndicats du Népal ANTUA, All Nepal Trade Unions Association

 

Le développement industriel au Népal n'est pas très bon. Il y a quelques zones industrielles formelles, mises en place par l'Etat il y a longtemps. [Il y a quelques industries dans différentes régions, dans la vallée de Katmandou et dans le sud. NdT] Par rapport au processus de développement des industries et des zones industrielles, il devrait y avoir eu des politiques pour industrialiser le pays et aller de l'avant. A cause du manque de politique adéquate pour le développement de l'industrie et de la mauvaise politique mise en pratique, peu d'industries fonctionnent bien (...).

Les travailleurs des zones industrielles formelles et informelles n'étaient pas en contact avec nous [le PCN-m NdT] durant la guerre  populaire. Ils étaient dans les centres urbains en relation avec le Congrès Népalais et le PCN-UML. Ils étaient proches d'eux. Les travailleurs n'avaient pas la ligne et la vision adéquates de l'idéologie politique, des droits du travail, des avantages sociaux, et de la libération de la classe ouvrière. Il y avait un manque de direction pour la classe ouvrière. Les dirigeants travaillaient pour les patrons au lieu des travailleurs. Ils ignoraient les problèmes et les droits des travailleurs. Mais quand il y a eu l'accord en 12 points entre les partis parlementaires et notre parti [Novembre 2005 NdT], nous sommes entrés dans les villes après le mouvement populaire d'avril 2006. Les travailleurs nous ont soutenus et sont venus avec enthousiasme dans nos syndicats, abandonnant le mauvais camp des travailleurs. Beaucoup sont venus dans nos syndicats. Ce processus s'est développé rapidement.

Maintenant, depuis un an et demi, nous avons organisé notre Convention Nationale. Désormais, le nombre de travailleurs venant des syndicats affiliés au Congrès Népalais et à l'UML est élevé. Et notre présence dans les villes est devenue la plus importante. Maintenant, dans presque tous leurs syndicats, il n'y a plus de travailleurs. Ils n'ont plus de travailleurs à cols bleus et de la base. Nous pouvons voir cette situation. Pour sauver leur existence, ils rassemblent spécialement les cols blancs (fonctionnaires et personnel administratif des organisations financières), pour montrer qu'ils ont un bon nombre de travailleurs. Ils trichent pour bénéficier des ressources économiques des pays étrangers. Ils n'ont pas de vrais travailleurs maintenant, ils essaient juste de présenter un nombre.

Dans notre confédération, nous avons créé une association des travailleurs de l'industrie depuis longtemps. De même, nous avons créé et organisé un syndicat des travailleurs du bâtiment ; des hôtels, du transport, des chauffeurs de rickshaw [vélo à trois roues servant de moyen de transport NdT]. Mais avec le deuxième mouvement [avril 2006 NdT], nous avons créé encore d'autres syndicats, comme ceux des travailleurs du nettoyage, des marchés, des vendeurs, et les travailleurs se sont organisés. En dernier, nous avons organisé les travailleurs des fabriques de tapis et de vêtements. Maintenant, nous avons 25 organisations professionnelles dans notre syndicat. Ils sont tous actifs.

Les problèmes communs des travailleurs des différentes professions, ce sont la garantie de l'emploi, le salaire, les conditions de travail et la santé, et la sécurité sociale. Ces problèmes communs seront résolus légalement dans les jours à venir. Il y a également des caractéristiques différentes selon les différentes professions, elles sont peu nombreuses. Ces problèmes seront résolus par la discussion avec les professionnels concernés. Ce que nous avons réalisé dans la dernière période, c'est que la loi sur le travail de 2048 [1991 NdT] ne pouvait pas couvrir tous les travailleurs qui sont dans le secteur informel. Maintenant, nous disons qu'ils doivent être couverts. Et il devrait y avoir la garantie des avantages sociaux et de la sécurité sociale. Cela devrait être résolu légalement. Nous disons que nous devons faire une loi de couverture large. Après, il y aura des règles et réglementations qui assureront le droit des patrons et des travailleurs. Par cette loi, il y aura un appui pour les travailleurs, il y aura une bonne relation des industries. Beaucoup d'industries seront mises en place. C'est comme cela que l'on peut résoudre le problème.

En fait, à l'heure actuelle, il n'y a aucuns révolutionnaires dans le monde qui soient sur le point de gérer un gouvernement. En tant que maoïstes, le PCN-m va maintenant gérer un gouvernement. Etant représentant d'organisations sœurs du parti communiste, ce que je veux dire, c'est que, sans choisir la lutte de libération par les travailleurs, il n'y a pas de libération du tout. Nous ne pouvons être libres, et nous serons toujours les serviteurs des patrons, si nous choisissons un autre chemin que la lutte de classe. Je demande à tous les travailleurs du monde que la mise en œuvre de la ligne révolutionnaire du parti communiste soit la mise en œuvre de cette ligne révolutionnaire dans la classe ouvrière (…).

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Nous sommes encerclés par les réactionnaires

Interview de Indramohan Sigdel ‘Basanta’, Membre du Comité Central du PCN-m  


Le PCN-maoïste est maintenant à l’étape de révolution pacifique. La révolution elle-même signifie le renversement politique de l’ennemi du pouvoir d’Etat. Comment pouvez-vous reconnaître votre ennemi à cette étape pacifique ?

En général, la révolution signifie renverser violemment l’ennemi de classe du pouvoir d’Etat. Cependant, on ne doit pas comprendre de manière partiale que la révolution prend nécessairement une forme violente de tout son cours.  La forme de lutte n’est pas déterminée par le souhait des forces combatives mais, bien entendu, par les conditions objectives et la balance des forces à une période donnée. A un certain moment et certaines conditions, la révolution peut se développer de manière pacifique. Notre participation à deux négociations dans le passé et au processus de paix actuel sont des exemples de développement pacifique de la révolution. Néanmoins, il est mauvais de catégoriquement séparer la révolution en deux étapes distinctes, la violente et la pacifique, comme indique votre question.

L’ennemi, à tout moment particulier de la révolution n’est pas déterminé selon que la révolution se développe de manière violente ou non-violente mais par quelle classe, dans les conditions socio-économiques correspondantes du pays donné, joue un rôle décisif dans le pouvoir d’Etat. Le Népal est un pays semi-féodal et semi-colonial. Bien que l’institution féodale, la monarchie, ait été abolie, le féodalisme, qui est fortement présent dans le système de petite production et la culture du peuple népalais, n’est en aucune façon terminé. Cependant, la bourgeoisie compradore et bureaucrate, au travers de laquelle l’impérialisme et surtout l’expansionnisme indien pénètre dans notre pays, et qui se dresse contre les aspirations du peuple népalais de démocratie, d’indépendance, de souveraineté et d’intégrité territoriale en ce moment, est l’ennemi principal de la révolution de nouvelle démocratie au Népal.

Est-ce que le PCN-maoïste a identifié la nature de la lutte à l’étape actuelle de la révolution ? Est-ce la guerre civile ou la guerre de libération nationale ?

Après l’accomplissement des élections de l’Assemblée Constituante et la déclaration de la république démocratique fédérale du Népal, l’équation politique a en grande partie changée. Sans une victoire décisive contre le féodalisme et l’impérialisme, surtout contre l’expansionnisme indien dans notre cas, aucune révolution démocratique ne peut triompher au Népal semi-féodal et semi-colonial. L’aspect national de la Révolution de Démocratie Nouvelle est donc devenu à présent principal.

Si la lutte de classe n’est pas finie, alors pourquoi le président du parti et premier ministre camarade Prachanda a parlé plusieurs fois de garder des relations harmonieuses entre les travailleurs et la direction ?

Nous sommes maintenant au stade de la Révolution de Nouvelle Démocratie pas au stade de la Révolution Socialiste. Donc, la résolution de la contradiction de base, qui est constituée de la large paysannerie et des forces patriotiques d’un côté et le féodalisme et l’impérialisme de l’autre, est la précondition nécessaire à l’accomplissement de la Révolution de Nouvelle Démocratie au Népal.  Par conséquent, il est clair que la contradiction entre les travailleurs et la bourgeoisie nationale n’est pas la contradiction principale immédiate et le besoin de maintenir une relation harmonieuse entre eux est évident.

Qu’entendez-vous par maintenir une relation équidistante avec les deux pays voisins, l’Inde et la Chine ?

Le Népal est situé entre deux nations géantes, l’Inde et la Chine. Dans le passé, il y a eu la pratique erronée d’une section des réactionnaires jouant la carte de la Chine pendant que les autres jouaient la carte de l’Inde pour s’emparer d’une part plus importante du pouvoir réactionnaire. Mais étant donné notre situation géopolitique, nous ne pouvons maintenir et prospérer à la fois politiquement et économiquement tant que nous ne maintiendrons pas des relations diplomatiques équidistantes avec ces pays.

Est-ce que la prochaine réunion plénière du comité central prendra des décisions importantes à propos de la répartition des rôles et responsabilités entre le Parti et le Gouvernement ?

Avec l’accomplissement avec succès des élections de l’Assemblée Constituante, notre Parti, le PCN-maoïste, participe maintenant au gouvernement. Notre participation est une tactique politique visant à accomplir la Révolution de Nouvelle Démocratie en restructurant le pouvoir d’Etat. C’est donc un des fronts de la lutte de classe.

Toutefois, dans la situation présente, les tâches et responsabilités de notre parti sur comment il peut jouer un rôle révolutionnaire à partir du gouvernement n’ont pas été définies concrètement. Une certaine confusion s’est développée dans nos rangs, les masses révolutionnaires ainsi que dans le mouvement communiste international. C’est le parti qui dirige le gouvernement et non l’inverse. Avec cela en tête, la prochaine réunion du comité central définira et assignera concrètement les tâches et responsabilités au gouvernement, à nos camarades présents dans l’assemblée constituante et à la totalité des rangs du parti ainsi qu’aux organisations de masse. Non seulement cela mais le parti va également développer une politique, un plan et un programme concrets pour commander et coordonner de manière centrale tous les fronts de lutte y compris le gouvernement.

Pensez vous qu’il soit nécessaire de revoir le document du parti sur la démocratie du 21ème siècle ?

La démocratie du 21ème siècle est notre nouveau concept de démocratie lié à la période post-révolutionnaire de dictature démocratique et dictature prolétarienne pour les étapes de la nouvelle démocratie et du socialisme respectivement, pas celui [de la période] de pré-révolution. Nous n’avons pas encore accompli la révolution. Ce que nous avons donc pratiqué jusqu’à maintenant n’est pas cohérent avec notre concept avancé par le document concernant la démocratie du 21ème siècle. Toutefois, le besoin de revoir le concept de démocratie du 21ème siècle et de le développer peut survenir dans les jours à venir quand nous pratiquerons la nouvelle démocratie et le socialisme en direction du communisme.

Le Ministre des Finances Dr. Baburam Bhattarai a dit à propos du budget qu’il a fait un budget orienté vers le socialisme. Est-il orienté vers un socialisme démocratique ou un socialisme communiste ? Que trouvez-vous lorsque vous analysez ses caractéristiques ?

Le Dr. Baburam Bhattarai, un des leaders de notre parti, a produit un budget au nom de l’actuel gouvernement de coalition sous la direction de notre parti. Il est vrai que le budget est progressiste et qu’il a essayé d’adresser les problèmes basiques de la classe, du sexe, des nations et des régions opprimés. Pour cette raison, on peut y trouver quelques aspects de l’économie socialiste. Mais le budget à lui seul ne peut être un critère pour le rendre de nouvelle démocratie, socialiste ou capitaliste. En tant que partie de la ligne idéologique et politique complète du parti communiste, c’est le programme politique et économique qui rend l’économie de nouvelle démocratie ou socialiste en fonction de l’étape de la révolution.

Le budget actuel a été produit sur la base du programme minimum commun convenu entre les partenaires de la coalition qui n’ont pas d’accord économique et politique commun. En ce sens, il est mieux de désigner cette économie comme l’économie adaptée à la condition actuelle transitionnelle dans laquelle les forces révolutionnaires et de statu quo dans la coalition s’affrontent pour leurs objectifs finaux.

Beaucoup de dirigeants du Parti admettent que le PCN-maoïste est encerclé par les réactionnaires. Quels sont les politiques et programmes du Parti pour briser l’encerclement afin d’accomplir l’objectif ?

La révolution de nouvelle démocratie au Népal en est au moment crucial de s’emparer du pouvoir central sous la direction de notre parti. Les réactionnaires et les opportunistes du monde entier ne veulent pas que la révolution au Népal réussisse. Il est donc vrai que nous sommes encerclés par les réactionnaires afin de faire avorter la révolution avant qu’elle ne naisse.

Cependant, malgré leurs efforts, le PCN-maoïste et le peuple népalais opprimé sont équipés d’une idéologie scientifique, le Marxisme-Léninisme-Maoïsme et la Voie Prachanda et peuvent faire tomber l’encerclement et les conspirations en entier, ainsi le succès de la révolution de nouvelle démocratie est inévitable. La prochaine réunion du comité central produira une politique, un plan et un programme complets pour accomplir cet objectif stratégique minimum.

29 Septembre, 2008

The Red Star, Volume I, n°16, 2-15 Oct 2008