Nouveau Népal n°4

Nouveau Népal

Bulletin du Comité de Solidarité Franco-Népalais n°4

Editorial : La victoire du Parti Communiste du Népal-maoïste aux élections avec plus de 40% des suffrages a été le  fruit de 10 ans de guerre populaire qui a abouti au contrôle de 80% du territoire par le PCN-m et du mouvement populaire d’avril 2006. Cela avait conduit le roi à dissoudre le parlement et du coup à rejeter les partis parlementaires dans l’opposition, à mobiliser l’opinion publique contre le roi, et à obliger les sept partis parlementaires à accepter un accord avec les maoïstes.

Après maintes manœuvres, finalement un accord avait pu être conclu, qui a abouti à la victoire. Mais ce premier pas n’a pas réglé tous les problèmes, il n’a fait que les poser. La coalition gouvernementale entre le PCN(M), l’UML (Union marxiste-léniniste), que nous classerions comme réformiste et un parti indépendantiste (le parti madhési), posait le problème des contradictions inhérentes à toute alliance, qui ne s’était soudée dans la lutte commune, mais d’une alliance née d’un compromis pour la naissance d’un Népal démocratique, qui pour le PCN était le premier pas vers la république populaire et pour les autres partis une modernisation de l’économie du pays.


Le Parti est donc à une croisée des chemins. Il lui faut poursuivre le processus révolutionnaire ou se mettre sur les positions réformistes des autres partis.

Cela ne pouvait et ne peut se résoudre que par une lutte de deux lignes au sein du Parti.

La question qui se pose dans tout processus révolutionnaire est de tenir les promesses faites, à savoir distribuer des terres aux paysans sans terre, c'est-à-dire mettre en route une réforme agraire, démocratiser le plus possible la vie sociale, en aidant les masses à prendre leurs affaires en main, par l’entraide, la consolidation des communes populaires ou pour le moins la coopération simple comme base minimum à la campagne, le renforcement des organisations populaires, de jeunesse, des femmes, des syndicats etc.

Il semble que la dernière conférence des cadres ait posé ces problèmes (les conclusions complètes ne seront publiées qu’en février 2009). La conférence nationale du parti va tenter de les résoudre, sinon, en toute logique, s’il n’était plus possible d’avancer, il ne resterait plus que la solution de sortir du gouvernement, remobiliser les masses et poursuivre le processus révolutionnaire sous d’autres formes.

La lutte révolutionnaire qui se déroule au Népal, n’est pas un phénomène isolé du contexte mondial et de l’approfondissement de la crise du système capitaliste mondial. Les contradictions de ce système ne doivent pas être un obstacle insurmontable mais au contraire le déroulement complexe du processus révolutionnaire au Népal. Ce  doit être un moyen de mobilisation supplémentaire pour le Parti et les masses qui n’ont d’autres choix que d’avancer ou reculer, voire se coucher devant l’impérialisme. 

Certains révolutionnaires dans le monde suivent ce processus avec un enthousiasme mêlé de crainte voire de critiques parfois sévères. L’avancée au Népal sert l’avancée générale des maoïstes du monde entier, du mouvement révolutionnaire des masses. La voie qui a été suivie par le PCN-m est applicable partout sous des formes adaptées aux situations concrètes de chaque pays. La classe dominante bourgeoise n’abandonnera jamais le pouvoir de son plein gré, ne laissera jamais le prolétariat et les couches populaires prendre le pouvoir sans réagir. Il faudra partout prendre tout le pouvoir en utilisant toutes les formes de lutte pour y parvenir, en se donnant les moyens de conserver ce pouvoir pour réaliser le processus ininterrompu de révolutionnarisation de la société dans tous les domaines : économique, politique, idéologique afin de conduire le monde de la société d’oppression et d’exploitation d’une minorité contre la majorité à une société où il n’y aura plus d’oppression ni d’exploitation : le communisme à l’échelle planétaire.

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Convention Nationale des Cadres du Parti Communiste du Népal-maoïste du 5 décembre 2008

Le 5 décembre 2008 s’est joué lors la convention nationale du Parti Communiste Népalais l’avenir de la révolution népalaise mais aussi  l’espoir des prolétaires du monde entier en ce début du XXI ème siècle.

En effet lors de cette convention s’est dicutée la ligne politique à suivre pour le Parti Communiste Népalais-maoïste (PCN-m) maintenant majoritaire au gouvernement. Deux documents différents ont été présentés lors de ce meeting pour la première fois dans l’histoire du PCN-m : un par le camarade Prachanda et un par le camarade Kiran, deuxième dirigeant du parti. Toutefois le camarade Prachanda est intervenu pour insister sur l’importance d’une unité au sein du parti, que remettait en cause la présence d’un deuxième document. Ce dernier pouvant mener à une scission. Cependant le camarade Kiran a répondu que son intention n’était pas de diviser le parti en présentant ce document. 20 groupes constitués de 50 personnes issues de tout le pays, en plus du comité central consultatif, ont été formés afin de discuter et de débattre sur les documents proposés.

Les différences principales de ces documents ont porté sur :
            - la synthèse de toutes les expériences acquises depuis les révoltes et révolutions du monde entier jusqu’à maintenant dont l’objectif est d’avoir une réelle compréhension du marxisme-léninisme-maoïsme afin de poursuivre la révolution. Mais également garder les expériences et les positions idéologiques et politiques de ces 10 années de  guerre civile et de révolte populaire népalaise.
            - la question du développement de la tactique politique et de la propagande afin d’aider à l’unité des révolutionnaires et de leurs alliés et d’isoler l’ennemi. Les débats ont donc porté sur le choix entre  « République pro-peuple, fédérale et compétitive » et « République populaire nationale fédérale».
            - Enfin comment développer la direction du parti en un dispositif coordonnant trois fronts de lutte, à savoir la rue, l’assemblée constituante et de le gouvernement afin d’avoir un front commun de lutte.

Le principal sujet de discussion portait sur les tactiques, car le programme politique immédiat pourrait ou bien ouvrir le chemin d’une  République de nouvelle démocratie ou amener à une étape distincte de République bourgeoise avant l’étape de nouvelle démocratie. Ainsi est la situation dans le parti : agir afin d’éviter l’émergence d’une étape distincte de dictature bourgeoise avant la révolution de nouvelle démocratie.
Beaucoup d’opportunités se présentent maintenant pour le parti. Les deux défis du parti sont de développer une idéologie et une ligne politique correctes pour faire face aux contradictions actuelles et construire un parti fort sur cette base.

Après quatre jours de discussions les groupes représentatifs ont présenté un document faisant la synthèse des discussions de leur groupe. 21 groupes ont présenté leurs points de vue et aspirations. Un groupe n’étant pas d’accord avec son groupe représentatif, peut présenter son propre document.

Cependant le message a été unanime et clair : « Unité, transformation et accomplissement de la révolution ». Lors de cette convention le parti s’est exercé à ce que peut être la démocratie au sein d’un parti.

Cette convention nationale est devenue semblable à un forum où la totalité des participants ont pris part au débat entre les deux lignes politiques défendues par les deux camarades Prachanda et Kiran. Finalement cela a aidé à parvenir à une unité et un grand sens des responsabilités pour la révolution de nouvelle démocratie du Népal.

Ce n’est pas seulement une victoire du prolétariat népalais mais aussi des peuples opprimés du monde entier.

A la fin de cette convention, le comité central a décidé de mettre en action les décisions prises et de construire un plan concret pour le futur. La réunion fera des propositions spécifiques pour le parti ainsi que les directives pour l’assemblée constituante et le gouvernement. Le comité central a déclaré que le prochain congrès du parti se fera à la mi-juin 2009. Le parti travaillera sur les plans afin de coordonner la lutte aux niveaux du gouvernement, de l’assemblée constituante, et de la rue (cette dernière ayant été identifiée comme principal front de lutte) selon les aspirations du peuple.

Sources : The Red Star, NepalNews.com

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La classe ouvrière se mobilise

La classe ouvrière existe-t-elle au Népal ? L'actualité récente se charge de répondre on ne peut plus clairement (d'après nepalnews.com).

Le vendredi 28 novembre 2008, après un ultimatum de trois jours réclamant l'application du nouveau salaire minimum, 40 entreprises de la région de Hetauda sont bloquées par plus de 3700 travailleurs, selon la All Nepal Industrial Workers Union. Le dimanche 30 novembre au matin, les patrons de 55 entreprises de Hetauda acceptent d'augmenter les salaires.

Le lundi 1er décembre, le Conseil Consultatif du Travail déclare : « Le Conseil approuve la décision concernant les salaires minima prise par la Fédération des Chambres d'Industrie (FNCCI), les Chambres de Commerce (NCC), l'Association népalaise des Hôtels, et les représentants de six syndicats différents. » Le Conseil a par ailleurs décidé de créer un groupe de travail pour étudier les problèmes des industries textiles du jute.

Les syndicats exigent l'application des minima salariaux tels que stipulés par le Ministère du Travail. Mais une part importante des industries déclarent qu'elles ne sont pas en mesure d'assurer de tels salaires. Ceux-ci devraient s'étaler de 4600 roupies minimum à 4950 pour les ouvriers hautement qualifiés.

Vendredi 12 décembre. Au moins 18 entreprises de la vallée industrielle de Birgunj-Pathlaiya sont bloquées pour cause de grève. Les travailleurs dénoncent la non-application du nouvel accord concernant le salaire minimum. Ils ont fermé les portes, tiennent des piquets de grève, et demandent l'augmentation de 1300 roupies. Trois syndicats sont impliqués dans le mouvement : l'ANTUF (lié au PCNm), le G-FONT (UML) et le NTUC (Nepalese Congress). Parmi les entreprises fermées, on compte les usines Surya Nepal (multinationale indienne du textile), Hulas Steel (népalaise de métallurgie et plasturgie), et Triveni Group (multinationale indienne du sucre).

Vendredi 12 encore : Echec de la rencontre patronat-syndicats dans les districts de Parsa et Bara. Les industriels refusent d'augmenter les salaires et se plaignent de perdre 270 millions de roupies par jour.

Mardi 16 décembre. A Surya Nepal, fermée depuis le 11 décembre, les augmentations de salaires sont accordées, ainsi que le paiement des jours de grève.

Jeudi 18. Les travailleurs de Nawalparasi menacent de bloquer les entreprises si leur revendications ne sont pas satisfaites dans les trois semaines. En attendant, ils portent symboliquement un brassard noir. Les entreprises de plusieurs districts du Terai (plaine du sud) sont également fermées depuis quelques semaines en raison des revendications de salaires.

27 décembre. Les travailleurs de la presse se mobilisent. Les bureaux de Kantipur Publications sont occupés par les syndicalistes maoïstes depuis trois jours, ce vendredi 26 décembre. « Si les droits des travailleurs ne sont pas respectés, des centaines de milliers de travailleurs vont descendre dans la rue », a menacé Jammarkattel, le secrétaire du syndicat maoïste au cours d'un mouvement unitaire organisé dans la capitale.

27 décembre. La lutte pour les salaires s'étend au plus grand producteur de papier du pays. L'usine Bhrikuti Pulp and Paper a arrêté sa production depuis mardi. Elle emploie environ 1000 personnes.

1er janvier. Les neuf usines de jute du corridor industriel Morang-Sunsari étaient toujours bloquées, pour le 5e jour consécutif, ce mercredi 31 décembre. Quelque 20 000 travailleurs ont eu recours à l'arrêt de travail et au sit-in pour faire pression sur leurs employeurs. La plus grande usine de jute du pays, Arihanta Multifibers, située à Sonapur, était également paralysée depuis que ses 4500 travailleurs se sont engagés dans un sit-in permanent et un blocage du trafic.

Le gouvernement a fixé le salaire minimum à 190 roupies par jour, mais les patrons du textile ont refusé d'appliquer cette augmentation. Selon eux, sans l'apport des tarifs préférentiels de l'électricité, leurs produits ne seraient pas compétitifs sur les marchés indiens.

4 janvier. Les travailleurs de l'usine de jute Biratnagar ont fermé la frontière dimanche, selon la presse. 3000 travailleurs participent au mouvement, au passage principal de Jogbani, bloquant les exportations et les importations. Les travailleurs en lutte ont déclaré que l'attitude léthargique des services concernés du gouvernement envers leurs revendications les avait obligés à fermer la frontière entre l'Inde et le Népal.

5 janvier. Dans le corridor industriel des deux districts de Morang et Sunsari, les neuf usines de jute poursuivent leur grève. Les transports et les marchés sont quasiment paralysés, tandis que certaines écoles sont également fermées.

11 janvier. Le Premier Ministre Dahal (Prachanda) a demandé au ministre de l'Industrie Shakya de résoudre le conflit en mettant en application le salaire minimum de 190 roupies par jour, que le gouvernement a décrété pour les travailleurs. Les ministres concernés ont tenu une réunion aujourd'hui au Ministère des Finances pour trouver les moyens de ré-ouvrir les plus de 500 entreprises du corridor de Sunsari-Morang qui ont dû fermer faute de matières premières. Les travailleurs du corridor industriel ont averti qu'ils durciraient leur mouvement à partir d'aujourd'hui si le gouvernement continuait à rester sans réaction vis-à-vis de leurs revendications.

Commentaire

Même si l'agriculture occupe 80% de la population active du Népal, le changement révolutionnaire, depuis 2006, ne se limite plus à la campagne. Ce changement, on le voit, combine une impulsion au sommet, par décisions gouvernementales, et une mobilisation à la base. Cette méthode pourrait bien être le modèle de beaucoup d'autres fronts : réforme agraire, armée populaire, etc. Mais elle met surtout en lumière les contradictions existantes au sein du pouvoir.

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