Bulletin n°2

Ce qui suit est une interview au petit matin du dirigeant du Parti Communiste Népalais – maoïste [PCN-m] Prachanda, avant qu’il ne parte pour une dernière tournée d’intenses négociations afin d’essayer d’amener les partis parlementaires dans un gouvernement de coalition dirigé par les maoïstes.

Katmandou, 27 Mai 2008.

Vous deviendrez peut être le nouveau chef de l’État Népalais dans quelques jours, mais les partis parlementaires mettent en place de nombreux barrages. Hier, votre parti a mis en avant une proposition en 9 points afin de répondre à l’impasse politique actuelle. Quelles sont les principales barrières à la formation d’un gouvernement mené par le PCN-m à l’heure actuelle ? Quels sont les défis et quelles sont les propositions que vous avez faites aux partis parlementaires ?

Un débat, une discussion et une lutte intensif est en cours sur la question de la formation du gouvernement et principalement sur la question du chef de l’état et du chef du gouvernement. Ces questions soulèvent plusieurs questions idéologiques et politiques impliquant les intérêts de classe des partis.

Hier, nous avons eu une discussion très sérieuse. Les partis parlementaires, principalement le Congrès Népalais et le PCN-UML [Parti Communiste Népalais – Marxiste Léniniste Unifié], veulent avoir leur propre personne à la tête de l’État. Ils veulent contrôler, ils veulent bloquer notre parti de former le gouvernement et de prendre la tête de l’État. Par conséquent, une lutte intense est en cours en ce moment. Lorsque nous discutons ces questions avec les dirigeants des autres partis, il me semble qu’une intense et sérieuse lutte de classe se déroule, au niveau de l’idéologie et de la ligne politique. Parce que nous avons le statut de parti le plus large au travers de l’Assemblée Constituante, l’initiative est entre nos mains, mais néanmoins une lutte intense continue. Je pense que nous ne pourrons pas parvenir à un consensus demain à propos des questions de la tête de l’État et de la formation du gouvernement. C’est pourquoi en ce moment même nous pensons que nous allons faire un agrément uniquement sur la déclaration d’un système Républicain. Et sur cela il y aura consensus – il devrait y avoir consensus.

Votre parti a le mandat clair par les élections de former le prochain gouvernement. Le gouvernement transitionnel des deux dernières années a fonctionné sur la base du consensus politique gouverné par les accords de l’Alliance des Sept Partis et d’autres agréments formels. Depuis le jour de l’élection jusqu’à maintenant vous avez appuyé l’engagement du PCN-m de continuer un gouvernement de coalition sous ces accords. Les partis parlementaires ont posés un nombre de conditions pour participer à un gouvernement de coalition mené par le PCN-m, dont vous avez affirmé que nombre d’entre eux contredisent les accords signés. A ce point, si un gouvernement de coalition ne peut être formé sous la direction de votre parti, quelles en seront les principales raisons ?

Je pense qu’avant les élections, les partis parlementaires, particulièrement le parti parlementaire le plus grand, le Congrès Népalais, ne se sont jamais attendu à ce que nous devenions le plus grand parti par les élections. C’est pourquoi ils ont fait tant d’agréments et de compromis avec notre parti, comme ceux concernant les questions d’une majorité de deux tiers et d’une majorité simple [pour changer de gouvernement]. A ce moment, ils étaient au leadership. Ils ont donc pensé que le critère d’une majorité de deux tiers pour changer le gouvernement serait juste excellent. Mais plus tard, quand ils ont vu que les maoïstes étaient devenus le plus grand parti et aller mener le gouvernement et être à la tête de l’État, ils ont changé leur position. Maintenant ils soutiennent qu’une majorité simple devrait être le moyen de changer le gouvernement. Précédemment, jusqu’aux élections, ils ne s’attendaient pas à perdre les élections et ils pensaient qu’ils pourraient facilement désintégrer notre structure organisationnelle et exercer un contrôle sur les membres de l’APL [Armée Populaire de Libération] et ainsi de suite. Mais maintenant, après les élections, ils pensent que cela va devenir une question très sérieuse. C’est pourquoi ils font maintenant la proposition que nos armes devraient être détruites et que les membres de l’APL devraient être démobilisés ou qu’ils devraient joindre des formations professionnelles ou quelque chose dans ce genre. Ils essaient de soulever ce genre de choses ridicules. C’est contre l’accord de paix. C’est contre l’esprit de la constitution intérimaire.

Le parti parlementaire majeur, le Congrès Népalais, a changé ses positions après les élections et se montre lui-même être contre la paix. Cela sera prouvé –je pense dans quelques jours, peut être dans une ou deux semaines – il sera limpide que les partis politiques parlementaires majeurs sont contre la paix, contre n’importe quelle sorte de changement, contre la formation d’un gouvernement de coalition sous la direction des maoïstes. Ils sont contre le mandat populaire, vous voyez. Cela sera limpide. S’ils ne vont pas de l’avant en gardant l’esprit de la constitution intérimaire, s’ils ne suivent pas les accords de paix que nous avons déjà fait et tous les autres agréments et accords, au final il me semble que c’est une question de vision de classe. Les classes opposées se battent dans un combat très nouveau. Et une chose est sûre, le prolétariat et notre parti révolutionnaire avons pris l’initiative entre nos propres mains. Ils [le Congrès Népalais et l’UML] sont les perdants. A présent, dans cette bataille, dans cette bataille électorale, ils sont les perdants et nous sommes les gagnants. Il y a donc un grand débat, une grande discussion et une grande lutte en cours.

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