Salutations du Népal !, par Jed Brandt

Publié le par Comite de Solidarité Franco-Népalais

[Traduction par Futur Rouge, merci à eux / Article original du 07/03/2010, publié sur http://jedbrandt.net/2010/03/07/greetings-from-nepal/ ]

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‘Je ne peux pas quitter la maison quelques semaines sans que tout devienne fou’

Il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter, pour voir les choses comme elles se déroulent ici et d’où elles viennent.  Pas le rythme de va-et-vient instantané du temps multi-tâches anxieux de New-York.  La plupart du temps, il n’y a pas d’électricité à Katmandou.  On peut entendre les poulets le matin, les enfants jouer après l’école et la discussion tranquille durant la soirée, quand les vieilles femmes rigolent et appellent d’un toit à l’autre. Les pannes d’électricité rendent difficile le fonctionnement d’un ordinateur, mais le rythme des gens vivant seulement de leurs mains et de leurs esprits, sans même de médiation, n’est pas un lieu où j’ai passé beaucoup de temps. Et j’adore ici. La ville est sale. Les gens sont droits, directs et curieux. Je me suis rapidement fait des amis, bien que j’ai eu l’impression qu’il soit plus facile de se marier que d’obtenir un rendez-vous.

Katmandou est une vallée.  La chaîne Tanglang de l’Himalaya est le mur dans le ciel qui sépare le Sud de l’Asie du plateau tibétain au Nord.  Les sommets blancs sont à couper le souffle quand on peut les voir.  La pollution est horrible.  Les voitures ont seulement fait leur apparition à Katmandou il y a vingt ans.  La plupart de la ville est construite pour des sentiers piétons, mais cela n’empêche pas toutes sortes de véhicules de passer à travers pour tenter de contourner les embouteillages.  Il y a une sorte d’anarchie dans les rues.  Les gens s’en plaignent, et puis le font eux-même.  J’ai vu trois personnes se faire renverser par des voitures, aucune ne s’est arrêtée.  Les motos sont partout et circulent comme elles veulent.  Je n’ai vu qu’un seul feu de signalisation, et il n’était pas allumé.  La charge quotidienne répandant la panne.

Les gaz d’échappement trainent simplement dans la vallée, l’air non gazeux le plus souvent pas.  Le long des routes principales, les navetteurs et les piétons portent de la même façon des masques de toutes sortes pour filtrer ce qu’ils peuvent.  Dans toutes les grandes foules, on peut entendre tousser, les hommes s'éclaircissant la gorge.  L’air se nettoie uniquement après les pluies, qui sont rares à l’exception de la mousson d’été.  L’autre jour, nous avons eu de la grêle, qui a déchiré la superbe plante aloé du patio où je séjourne.  C’était une grande aloé, maintenant criblée de trous aussi grands que des pièces de dix centimes.

J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’enfants, dont quelques-uns sont aussi des amis.  J’écoute Sade, Beirut et Alicia Keys.  En buvant avec les gens du quartier pour Holi (ndlt: fête hindoue de l’équinoxe du printemps), j’ai reçu le nom du chat de la bodega du dessous Lucita.  Elle est magnifique, avec des plaques de rayures de tigres argentées et noires se mélangeant à son pur manteau blanc.  Le matin de Holi, les jeunes hommes ont montés les escaliers de l’immeuble où je séjourne pour me tendre une embuscade sur le toit avec des pigments rouges et des seaux d’eau.  Puis, ils m’ont pris dans leurs bras et ont versé un autre seau sur ma tête.  Holi est un combat de ballon d’eau qui ne s’arrête pas avant qu’ils ne commencent à lancer des seaux d’eau colorée et des pigments premiers, rouge, vert, bleu et orange.  Les meilleures vacances de ma vie. Les filles deviennent assez bien trempées, parfois pas tellement chouette.  C’est une occasion tant pour le carnaval que pour le hooliganisme.  Beaucoup de rires.  J’ai essayé de demander aux gars le sens des vacances, et ils ont décidé de verser de grands verres de rhum khukuri. J’essaye de me forcer.

Ai-je signalé qu’il y a une révolution en cours?

Nous n’avons, de notre vivant, pas vu de révolution. De toute façon, pas de révolution communiste, avec un soutien général et une participation soutenue, croissante sur une si courte période de temps.  Les maoïstes sont peu orthodoxes, c’est certain.  Ils ont défié les attentes de tout le monde, ami et ennemi de la même manière.  A leur crédit, ils n’ont pas laissé leurs ennemis leur dire qui ils sont, ou ne se sont pas enfermés dans un scénario historique quelconque distribué par le Comintern en 1930 non plus.  Après une Guerre Populaire longue de dix ans, commencée en 1996, ils ont grandi de façon exponentielle parmi la population rurale qui constitue le corps et le coeur du Népal.
Les gens en avaient marre de la pauvreté absolue, de la monarchie despotique et de l’ensemble du système qui ne leur permettait pas d’avancer, peu importe combien ils travaillaient dur.  Ce sont les maoïstes qui ont vu dans cette arriération semi-féodale semi-coloniale la situation difficile de leur pays, une résonance qu’ils partagent pour toutes les autres nombreuses différences avec la Chine pré-révolutionnaire. 

Des millions de gens ont jeté leur sort à la promesse communiste que c’était eux-mêmes qui pouvaient fixer ce que les classes dirigeantes ne voulaient manifestement pas.  A partir de deux fusils.  Deux fusils.  Ils n’ont ni cherché ni accepté les louches parrainages étrangers et ont tout de même fait tombé un roi.  Ca, c’était les gens et un leadership déterminé et révolutionnaire.  La violence n’était pas la question.

‘Les masses sont les fabricants de l’histoire’ est la manière dont Mao l’a dit, un conseil que le parti de Prachanda a apparemment bien entendu.

Lorsque les révolutionnaires organisés ont augmenté en une population qui ne pouvait pas supporter le vieil ordre, l’horizon du possible s’est déplacé.  Le département d’état américain appelle cela terrorisme, et sous Obama, il a continué à mettre le parti maoïste sur sa liste de terroristes certifiés, même après qu’ils aient combattu pour les premières élections démocratiques au Népal et les aient gagnées.  La terreur n’est pas le mot qu’une personne honnête pourrait utiliser pour qualifier ce qui se passe ici.  La population n’a pas peur, et s’il y avait une impatience, les choses ne sont pas allées plus loin.  Les communistes étaient transformés, tout comme l’étaient les diverses masses de gens.  Ils affirmaient: «Nous avons eu à désapprendre nos slogans pour commencer la Guerre Populaire», ce qui, je pense, signifiait qu’ils ne sont pas les disciples d’une doctrine ou de simples prophètes de la fureur.  Le terrorisme est une politique de peur.  Les communistes ont mené une Guerre Populaire et leur esprit est léger.

Pour une nouvelle tendance générale

Refusant toutes les propositions pour devenir un autre parti parlementaire, qui sont largement méprisés ici pour la profonde corruption, les maoïstes ont exigé rien de moins qu’une assemblée constituante pour ébaucher une constitution.  Au cours de la Guerre Populaire, malgré une flexibilité à propos de pratiquement tout le reste, les maoïstes ne se sont jamais écartés de cette insistance.  Et ils en ont obtenu autant.  J’ai essayé de penser à ce qui pourrait arriver si nous avions notre propre assemblée constituante, et pas une constitution écrite par les marchands d’esclaves pour protéger leur propre droit.  Ce n’est pas juste radical au Népal, cette idée que la population constitue les gouvernements.  C’est autant inconnu dans le New-York de Bloomberg que dans la monarchie héréditaire tordue de Corée du Nord.

Les drapeaux rouges sont partout.  Dès le moment où je suis arrivé, et partout où je suis allé.  Ils flottent à côté de l’unique drapeau à double pointe du Népal au stade national.  Fixés en rangs le long des clôtures de la centrale de l’Armée Nationale, des terrains publics d’entrainement, partout.  Lorsque je lis dans les restaurants, les fois où j’avais un livre des maoïstes, trois serveurs différents ont fait le commentaire qu’ils étaient le ‘vrai gouvernement’.  Prachanda est particulièrement admiré, dès lors que c’est son leadership qui a brisé les vieux schémas de protestation impuissante suivie de cooptation corrompue.

Personne n’admettra aimer le Congrès, mais j’ai rencontré des sympathisants de l’UML qui gouverne actuellement.  Des gens corrects.  Réformiste, si pas du tout heureux des initiatives maoïstes.  Imaginez Todd Gitlin fusionné dans un labo avec Gus Hall, et vous aurez une certaine idée de quels sales types sont leurs hauts dirigeants.  Ceci dit, les militants habituels sont principalement des professionnels d’ONG que nous avons de retour aux Etats-Unis.  Bien allaités par les nichons de la fondation, leur méthode était de garder la mobilisation populaire dans le champ de la réclamation et de la pétition, et dans les niveaux dirigeants, ils ne sont intéressés par aucun changement qui ne soit pas négocié à travers leurs coffres.

L’actuel premier ministre de l’UML n’a pas été élu.  Il a pris le siège laissé libre par Prachanda suite au problème de savoir si la vieille armée royale accepterait un contrôle civil, ce qui veut dire par les maoïstes élus.  Prachanda a licencié l’ancien commandant de l’Armée Nationale, qui a refusé de démissionner.  Les figures ‘démocratiques’ non-élues ont supporté un coup d’Etat doux, les dirigeants UML et le Président honorifique pro-indien Yadev se pavanant ces derniers mois comme s’ils étaient un gouvernement.  Il y a une division fluide entre les carriéristes et les révolutionnaires honnêtes dans l’UML.  Comment ils agiront quand les jeux seront faits n’est toujours pas clair, même pour eux.

J’ai parlé avec un couple, dont le mari vient d’une famille dirigeante de l’UML et dont la femme a l’emploi significatif au gouvernement de diriger les activités culturelles.  Le mari a dénoncé les maoïstes, qui selon lui n’ont pas appris que la démocratie libérale est la seule manière dont le monde peut fonctionner, et que même la Chine a embrassé le capitalisme.  Il a affirmé que l’UML n’était pas communiste, malgré leur nom de Marxistes-Léninistes Unis, mais que c’était une ‘tradition’.  Sa femme a souri et a dit que beaucoup de ‘patriotes’ étaient maoïstes, bien qu’elle non, et que même si elle ne se sentait plus elle-même dans l’UML, elle était confiante pour le futur ‘peu importe comment ça se passe’.  Je pense que le mari a été embarrassé, ce qui l’a amusée, ainsi il m’a dit que les maoïstes avaient fait exploser sa maison familiale dans le sud quelques années plus tôt.  Il avait des métayers sur sa terre.  Apparemment, les maoïstes se sont organisés pour squatter la même terre.  Il vivait à Katmandou, gagnant un revenu des agriculteurs locataires et gardant une résidence saisonnière, pendant que son enfant étudiait dans un collège à l’extérieur du pays.

Il s’est avéré que les maoïstes ont inclus ces activités agricoles sur ses terres et que quand il est allé leur parler, ils ont convenu d’un certain arrangement.  J’ai été quelque peu stupéfié qu’il y soit juste allé et ai discuté.  «Je les connaissais» a-il-affirmé.  Il a toujours sa famille dans la maison, maintenant réparée.  Il est en quelques sorte contrarié à ce sujet.  Ils ont fait explosé une partie de sa maison, ce qui l’a sans aucun doute secoué.

Provocations et répétitions

La révolution népalaise n’est pas terminée.  Les vieilles armées, les bureaucraties et les traités étrangers sont toujours en vigueur.  Ceci dit, aucun travail ne peut être fait sans l’approbation des maoïstes - aucune construction, constitution au transport sur toute la longueur du pays.  C’est ce que Lénine appelait le ‘double pouvoir’, à ne pas confondre avec l’usage qu’en font parfois les radicaux américains pour signifier l’aide mutuelle oppositionnelle ou les programmes de service à la population.  Ici, il y a deux armées et aucun gouvernement réel, une situation d’incroyable pression dans laquelle un côté ou l’autre décidera d’agir de manière décisive.

Le gouvernement a essayé de faire passer en contre-bande des armes et des explosifs après avoir mis au point des arrangements avec le gouvernement indien.  Ils n’ont même pas pu les faufiler à l’intérieur.  Les membres de la Young Communist League (Jeune Ligue Communiste) ont réuni 200 militants non-armés et ont bloqué le convoi.  Ils ont averti l’UN et les médias et à leur tour ont été attaqués par les renforts de la police armée.  Quelques personnes ont été blessées, y compris un représentant maoïste de l’Assemblée Constituante.

Ce que j’ai découvert dans cet incident, c’était que les maoïstes avaient la capacité organisationnelle d’agir, et que même l’Armée Nationale et la police pouvaient ne pas être fiables, devraient-elles même être appelées contre le peuple.  Après tout, comment les maoïstes connaissaient-ils même cette cargaison d’armes, arrangée derrière les portes closes par le président, le premier ministre non élu et les militaires indiens?

Le premier ministre UML a affirmé que les armes étaient destinées à ‘entraîner la police’.  Il n’a pas expliqué quel type de travail policier requérait des explosifs, des fils et d’autres matériaux pour faire des bombes.  Ni que c’était une violation flagrante du Comprehensive Peace Agreement (Accord Détaillé pour la Paix), prévoyant soi-disant le cadre constitutionnel mentionné par la presse internationale.  Cela a certainement été remarqué ici.

Si l’actuel président non-élu Yadev et une partie de l’Armée Nationale devaient tenter un coup d’Etat militaire soutenu par l’Inde, les maoïstes sont presque sûr que l’ensemble de la population se soulèverait.  Depuis le premier soulèvement démocratique ici en 1990, appelé Jana Andolan I, en passant par la Guerre Populaire pour finir à Jana Andolan II en 2006, qui a renversé le roi, il y a des attentes de percée bien au-delà des rangs des communistes révolutionnaires engagés.


Pas le vieux livre de jeu

J’ai été surpris de trouver des réclamations en ligne de certains radicaux américains, qui sont persuadés que participer aux élections et essayer d’apporter la plus large gamme de soutien est une sorte de trahison.  Les faits sont les suivants: les maoïstes se sont efforcés totalement à achever une révolution démocratique, ce qui n’est pas rien, mais ne se sont pas limités à ce que peut assumer un système semi-féodal semi-colonial.  Ils ont maintenu leur People’s Liberation Army (Armée de Libération Populaire)  La Young Communist League (Jeune Ligue Communiste) est la force d’action sociale la plus puissante du pays, non-armée mais disciplinée.  Le Unified Communist Party of Nepal - Maoïst (Parti Communiste Unifié du Népal - Maoïste) a déjà quitté le gouvernement dans lequel ils avaient été élus pour diriger, plutôt que de prétendre que la ‘représentation’ était suffisante alors que l’Armée Nationale et la bureaucratie résistait à la transformation et au contrôle civil.

Prachanda, Bhattarai et la direction maoïste ont déjà eu la possibilité de devenir des politiciens-courtiers et ils ont dit non merci.  Ils ont lancé une guerre, ils ont gagné une élection et ils ont quitté le gouvernement plutôt que de simuler.  Ce qui nous amène à maintenant.

Audacieux comme on peut l’être, ils sont retournés à leur base et ont lancé une série de mobilisations et de forums d’éducation publique qui s’intensifieront tant qu’une constitution qui leur convient n’est pas délivrée.  Ils forment le plus grand parti, l’opposition légale et extra-légale face à un gouvernement non-élu enroulé autour de ce qui reste de l’appareil de la monarchie d’état déchue.  La prochaine mobilisation majeure aura lieu pour la Journée Internationale de la Femme.
La deadline pour que la constitution du Népal soit délivrée est le 28 mai.  Cela ne semble pas probable à cause de l’ingérence considérable des puissances étrangères et du crétinisme parlementaire de la classe politique corrompue.

La seule manière qui pourrait faire qu’elle passe est que les réformistes de l’UML (appelés les statut-quo-istes) s’unifient avec les maoïstes.  Les partis gauchistes d’une bande ou d’une autre ont obtenu 62% des sièges dans l’Assemblée Constituante, assez pour ratifier une constitution ‘centrée sur le peuple’.  Les leaders Oli de l’UML et le PM du Népal ont exclu cela à moins que les maoïstes ne dissolvent la PLA et la YCL, ce qu’ils ont dit qui n’arriverait pas avant que la nouvelle constitution ne soit ratifiée à leur satisfaction et sous leur leadership, ou que ça n’arriverait pas du tout.  Pour sa part, le Nepal Congress parti (parti du Congrès du Népal), autrefois appareil parlementaire et système de butin de la monarchie, est complètement méprisé, constituant l’instrument de l’Inde et des propriétaires terriens.  Le Congrès a reçu environ 20% des votes, agi comme un faiseur de roi et continue à oublier que la couronne réside dans le caniveau.  Les termes sont prêts et le cadre temporel est connu.


28 mai - deadline pour la constitution

Chaque événement, chaque provocation et mobilisation a lieu pour contester l’allégeance de la large masse de la population.  Prachanda a couronné une session de formation pour 5000 cadres dans la ville fortifiée de Bhaktapur en disant que, si une constitution n’est pas ratifiée pour garantir une transformation sociale et une souveraineté nationale, le peuple se révoltera et que pour ça, son parti est prêt à le diriger.

Les népalais sont des gens fameusement gentils, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne combattent pas.  Ils sont connus à travers le monde pour ça aussi.  Le nom Prachanda signifie, ou bien ‘celui qui est violent’ ou ‘celui qui est impressionnant’.  Il est d’ordinaire souriant et montre l’émotion sur son visage.  Ce qui ressort le plus à propos des maoïstes n’est pas seulement leur caractère.  Le monde est rempli de personnes droites.  Ces maoïstes ont regardé en arrière, vers les tentatives précédentes pour construire le socialisme et ont appris des leçons extraordinaires. 

Ce à quoi ils sont arrivés, et cela a été signalé dans chacune des conversations que j’ai eu, c’est que sans une révolution venant de l’activité consciente des plus opprimés, des ouvriers et des intellectuels démocrates libérés de l’autocratie féodale, le communisme ne vaudrait pas le mot.  C’est ce qu’ils ont appris du socialisme du 20ème siècle et c’est bien de l’entendre des dirigeants et des membres d’un parti communiste se disputant pour le pouvoir.

C’est quelque chose que j’ai pu espérer, des lueurs de cela m’ont amené ici.  Mais la profondeur de cet engagement, tant parmi les cadres que les gens ordinaires, c’est toujours surprenant.  Je pourrais m’y habituer, et je pense que le monde le pourrait aussi.  Le Népal me confirme que toutes les rumeurs ont un effet contraire, les gens ne sont pas stupides.  Quand ils peuvent se tenir sur leurs propres pieds, s’organiser et lutter: la population embrassera une force qui lui donne la dignité et qui refuse les limites étroites du ‘ce qui est dedans pour moi et le mien’.  Leur arme secrète est leur esprit ouvert, qui sont mes mots, pas les leurs; et néanmoins vrais.


La démocratie en jeu

Je ne peux pas formuler ceci totalement parce que je n’en sais pas encore assez, mais les castes fonctionnent comme quelque chose que nous appelons race en Amérique.  Il y a les pauvres brahmanes et des gens riches qui viennent de rien.  Mais la marque et les habitudes de caste résonnent toujours.  Luttant contre le système de caste, les maoïstes ne s’engagent pas dans la démagogie contre les castes privilégiées.  A la place du droit féodal, où les règles chauvines ont gardé les emplois de l’état et de l’armée dans les mains des privilégiés, les maoïstes ont déjà déclaré les territoires autonomes nationaux dans le cadre d’une république fédérale démocratique.  Leur propre haute direction est largement issue de ce qu’ont été ces mêmes castes privilégiées.  Les changements qu’ils exigent sont, entre autres choses, exactement la fin de ce système d’exclusion directe.
Empêcher une constitution grâce à des ruses parlementaires (ou une certaine forme de putsch) dans la capitale menacerait non seulement les contre-mesures des maoïstes, mais aussi les soulèvements populaires, avec leurs propres caractéristiques, des gens pour bénéficier de la constitution, qui est séculière dans les faits aussi bien que dans les mots.  Tout effort de la vieille structure pour se perpétuer sera généralement vu comme une attaque directe sur les peuples népalais exclus jusqu’alors.  Katmandou héberge l’Assemblée Constituante brisée, mais la crise est nationale.
Les plaintes des privilégiés ont le même son que les paranoïaques raciaux en Amérique, qui pensent toujours que l’Amérique est une ‘république blanche’ et que toute restriction de leurs privilèges est la fin du monde.  Les groupes de défense de l’aristocratie utilisant la politique identitaire prétendent qu’une république fédérale ‘désagrègera’ le Népal, omettant la manière avec laquelle la libération amène un patriotisme authentique qui ne peut pas être faux, ou passé sous silence par les dirigeants au nom de tous.

Le ressentiment n’est pas la devise des communistes.  Il n’y a pas de démagogie fouettant la population contre les capitalistes productifs nationaux, ni les castes privilégiées.  La bourgeoisie compradore, celle qui fait de l’argent en vendant le reste du pays à l’Inde, et les propriétaires terriens féodaux, sentent la pression.  Même là, le but est de changer la disposition du pouvoir, et pas ‘aller les choper’.

L’argument pour une fédéralisation en soi, et son potentiel démocratique, a été largement populaire.  Le peuple népalais est patriotique, sans aucun doute.  Mais il a également deux religions majeures, la région Tarai du sud qui a été totalement exclue de l’autodétermination et des centaines de groupes de langues.  Aucune autre exigence sociale n’a autant fait peur à l’ancien droit que l’insistance maoïste pour une république démocratique fédérale, mais les tentatives pour utiliser la religion ou la crainte collective n’ont pas aussi bien fonctionné au Népal qu’en Inde, où les fascistes Hindutva ont une base massive regrettable dans beaucoup de régions.

Les maoïstes ne font pas campagne contre la religion ou les religieux.  Ils sont logiques et athées dans un pays profondément croyant.  Cela n’est pas surprenant vu que Buddha est né au Népal et n’était pas lui-même tant pour la fin magique de la pratique religieuse.  Les maoïstes ont honoré Buddha en introduisant l’athéisme dans un de leurs articles.  De cette position de respect, ils prônent la science, la technologie et une compréhension matérialiste dialectique marxiste du monde.   Ils veulent que les écoles soient publiques pour éduquer tout le monde, et pas les rackets financiers largement privés qui sont toujours là pour tous, mais seulement les riches.  L’engagement pour la science, l’innovation et la dignité humaine leur servira beaucoup.

La People’s Liberation Army (Armée de Libération du Peuple) a adopté les Conventions de Genève, à peu près au même moment où notre pays les a déchirées.  Ils ont construit des zones de base dans la campagne et ont avancé vers la capitale.  Pour leur succès, les maoïstes ont été largement ignorés par les personnes mêmes qui auraient dû crier depuis les chevrons qu’un mouvement révolutionnaire internationaliste, séculaire et fondé sur le peuple avait pris feu dans les montagne de l’Himalaya. 

De grandes puissances sont alliées contre cette révolution.  L’Inde, les Etats-Unis et l’ensemble de la machinerie de désinformation que nous appelons les médias généralistes (de gauche à droite) ont insisté sur le fait que le communisme est cuit.  Et peut être tué en silence, et il devrait en faire sa face.  Ici, les gens le font.  Et ce sont ces gens qui ont besoin d’une solidarité honnête, qui plus que tout signifie permettre au monde de savoir ce qui se passe.

Si les mass médias ne peuvent pas montrer ce qui se passe, j’espère que quelqu’un l’écrit sur les murs.  Il reste moins de trois mois avant la dead-line pour la constitution.  Il n’y a aucun centre à tenir.  Les mots doivent sortir.


Je sais que les gens veulent beaucoup de couleur locale, ou une vaisselle originale de quelque sorte.  C’est tellement différent ici, et les gens sont tellement vraiment les mêmes.  Rires.  Bêtises.  Ce que le monde appelle football.  Pour moi, j’ai ri chaque jour et pleuré quelques fois, ce qui me rappelle tellement ma mère, qui pouvait rire et pleurer en même temps, et qui adorait un bon combat.

Donc oui, je suis impressionné.  Je ne suis pas un diseur de bonne aventure.  Qui sait comment les choses iront?  Les maoïstes ont un palmarès qui leur a fait gagner le respect de leurs compatriotes.  Ils sont auto-critiques de l’histoire communiste et décidé à résoudre ces vrais problèmes par l’avance et non la retraite.  Ils ne veulent pas être le nouveau chef.  Ils veulent le communisme, le socialisme et une Nouvelle Démocratie pour le Népal.  Et il est bon d’entendre ce que nous pouvons faire et pas ce que nous devons accepter.
Paix dans la rue, guerre au palais.

Jed Brandt

PS: Ai-je mentionné que personne au Népal ne sait même qui est Glenn Beck?

Publié dans Actualités du Népal

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