Que va t'il se passer au Népal dans les prochains mois ?

Publié le par Comite de Solidarité Franco-Népalais

La nouvelle constitution doit être promulguée le 28 mai prochain. A part quelques doux rêveurs, personne ne pense que cela sera possible. Faisons un point sur la situation et essayons d'y voir plus clair.

 

Le gouvernement

 

Jhala Nath Khanal, président de l'UML, a été élu premier ministre par l'Assemblée Constituante grâce au soutien du PCUN-maoïste après un accord en 7 points entre les deux partis dont les deux points principaux sont 1. le ministère de l'Intérieur ou de la Défense pour les maoïstes 2. l'intégration de l'APL dans l'Armée Népalaise par la formation soit d'une force exclusive pour l'APL soit d'une force composée  pour moitié d'APL et de forces de sécurité de l'Etat (voir Sur l'élection de Khanal au poste de premier ministre pour le détail de l'accord).

 

Mais Khanal, qui représente l'aile gauche large de l'UML, subit une opposition au sein même de son parti. KP Oli et Madhav Kumar Nepal (ex-premier ministre) s'opposent en effet à ce que le poste de ministre de l'Intérieur soit donné aux maoïstes, comme l'accord l'imposait. De plus, et c'est sûrement le point le plus important, l'opposition interne à l'UML (et les réctionnaires en général) s'opposent à l'intégration de l'APL sous les conditions de l'accord.

 

Le gouvernement n'est donc toujours pas formé et il y a peu de chances qu'il le soit.

 

L'Assemblée Constituante

 

Un comité avait été formé pour résoudre les questions litigieuses concernant l'écriture de la nouvelle constitution. Prachanda avait été désigné pour le présider. A l'heure actuelle, le comité est bloqué. Prachanda a voulu démissionner, ne pouvant assurer ses missions. Mais cela lui a été refusé par les autres partis. Il s'agit d'une tentative de faire porter l'échec de l'écriture de la constitution sur les épaules du parti maoïste.

 

Au sein  du PCUN-maoïste

 

Les journaux népalais montent en épingle des évènements peu importants et il est difficile de connaître la réalité de la situation. Nous allons donc décrire la situation de manière globale.

 

La lutte s'aiguise entre l'aile du parti qui défend l'idée que la révolte populaire est la seule option laisée devant le parti pour accomplir la révolution de nouvelle démocratie et l'aile qui défend l'idée que la révolte ne peut vaincre et qu'il faut donc prendre son mal en patience en écrivant une constitution de compromis.

 

Quelle voie le parti va t'il prendre ? Va t'il préparer la révolte ? Va t'il gagner du temps pour résoudre la lutte interne ? Va t'il accepter une constitution de compromis ?

 

Si la dernière option est choisie, il y a tout à parier que cela signifiera une rupture et que l'aile révolutionnaire se détachera. Les deux autres options sont envisageables.

 

La préparation de la révolte

 

Le parti est critiqué par l'aile gauche de ne pas mettre en place les programmes destinés à appliquer la ligne de la révolte. Mais il semble que les révolutionnaires aient pris l'initiative en formant les Volontaires Populaires. Nous avons eu un peu plus de détail sur cette organisation.

 

L'organisation a pris la même forme que celle du parti durant la Guerre Populaire : 6 commandes et 6 départements. Un bureau central d'une cinquantaine de membres a été formé. Viennent ensuite les comités d'Etat, de district et locaux.

 

Les volontaires du peuple seront mobilisés dans trois domaines : production, sécurité et construction.

 

Le bureau fera les plans d'action pour chacun des 14 Etats maoïstes et pour chacun des 75 districts, soit 89 plans d'action.

 

D'ici là, les Volontaires du Peuple vont mener des actions culturelles, meetings, collages, diffusions de tracts, nettoyage, etc. jusqu'au 8 mai selon les planifications des organes locaux.

 

Ensuite, le parti mobilisera ses cadres et ingénieurs pour construire des routes, des ponts, des habitations, des projets d'irrigation et autres. Des médecins seront également mobilisés pour lancer des structures de santé.

 

Lors d'un meeting des cadres du Comité d'Etat Newa, Badal, Secrétaire Général du Parti maoïste, a affirmé :

 

"Nous ne devons pas perdre notre temps à discuter des différences au sein de la direction. Leur justesse sera déterminée une fois que le parti lancera la révolte populaire."

 

Il a affirmé que les problèmes au sein du parti ne peuvent être réglés sans détruire les vieilles structures et que cela ne peut être réalisé que par la révolte populaire.

 

Il a continué en constatant que le parti était devenu une plateforme pour différents groupes d'intérêt mais que ceux qui n'ont pas de zèle révolutionnaire seraient éliminés en temps voulu.

 

En défense des Volontaires du Peuple, Badal a affirmé que la révolte sera impossible avec une poignée de personnes. "Ainsi, les Volontaires du Peuple sont une nécessité pour gagner le coeur du peuple au travers de programmes de sécurité sociale et de développement."

 

Selon lui, les Volontaires du Peuple seront la force la plus large pour faire avancer la révolte populaire vers le succès. "Les Volontaires du Peuple vont en premier lieu identifier les agents, les féodaux et les forces régressives et leur passer le visage au cirage [méthode d'humiliation utilisée en guise de punition NdT]. Ils se défendront sur les agents essaient de résister."

 

Au lieu de combattre séparément, tous les fronts du parti seront centralisés et déployés pour la révolte à travers les Volontaires du Peuple.

 

Pour illustrer cela, nous avons reçu la nouvelle de la création de la Force Volontaire des Travailleurs qui compte 100 000 membres issus du syndicat maoïste.

 

Conclusion

 

Le PCUN-maoïste est toujours à la croisée des chemins. Si les révolutionnaires semblent avoir pris l'initative, rien n'est encore joué au Népal. Si la lutte interne prend une tournure au désavantage des révolutionnaires, il est possible que ceux-ci essayent de gagner du temps pour inverser la tendance. La position de Prachanda, plutôt centriste, déterminera en partie l'évolution de la situation politique et du PCUN-maoïste.

 

On continuera de vous tenir au courant.

Commenter cet article