Article sur notre Camarade Shova Gajurel, sans-papiers en lutte

Publié le par Comite de Solidarité Franco-Népalais

Voici un article publié dans la Voix du Nord :

Shova Gajurel, réfugiée népalaise à Lille, rêve de papiers ici et de la paix chez elle

mercredi 14.10.2009, 05:02 - La Voix du Nord

 Après trois ans de combat, Shova n'a pas encore perdu le sourire. L'espoir de rentrer un jour dans son pays pacifié la porte. Après trois ans de combat, Shova n'a pas encore perdu le sourire. L'espoir de rentrer un jour dans son pays pacifié la porte.

|  RENCONTRE |

Shova Gajurel est népalaise et lilloise. Militante maoïste, elle a fui en France en 2006 et vient de passer presque deux mois en centre de rétention. À court terme, elle voudrait être régularisée en France. Sur le long terme, elle souhaiterait la paix au Népal pour aller retrouver ses enfants, et sa vie. PAR AUDREY HALFORD

 

lille@lavoixdunord.fr

Au Népal, elle est militante maoïste, fille d'un des principaux dirigeants de ce parti, recherchée pour des crimes qu'elle jure n'avoir pas commis. À Lille, elle est une réfugiée politique à qui on refuse le droit d'asile. Une sans-papiers.

Arrivée en France en septembre 2006, Shova a immédiatement fait une demande d'asile, qui lui a été refusée huit mois plus tard. « Ils ont affirmé qu'au Népal, la situation était correcte en ce moment, que ma demande n'était pas justifiée par la situation politique de mon pays », raconte Shova, désabusée. Son recours a également été rejeté.

Elle sait pourtant que le danger pèse toujours sur sa vie. Une association des droits de l'homme au Népal lui a raconté que la nouvelle de son arrestation avait été publiée dans son pays. « Tu es en danger au Népal, les accusations à ton encontre n'ont pas été révoquées, il faut que tu sois prise en charge en France, pour le moment », lui ont-ils écrit.

Shova Gajurel vient de passer quasiment deux mois dans des centres de rétention, en France et en Belgique. Elle résidait à Paris depuis trois ans dans une communauté népalaise, lorsqu'elle a été arrêtée. Elle était allée rendre visite à des amis népalais à Anvers. Sur le chemin du retour, la police de l'air et des frontières (PAF) l'a arrêtée et placée en rétention à Lesquin. Elle fut ensuite expulsée vers la Belgique, avant d'être enfin libérée le 31 août.

Depuis, elle a décidé de rester à Lille, pour se battre publiquement pour sa régularisation, avec les associations qui la soutiennent.

« Le gouvernement et la constitution actuels au Népal sont provisoires, estime-t-elle. Tant qu'il n'y aura pas de nouvelles élections, le processus de paix sera instable, et les maoïstes seront en danger. » Le militantisme est héréditaire chez Shova. Il prend sa source dans son enfance, qu'elle se remémore tout de même avec un sourire plein de tendresse. « Mon père est secrétaire du parti communiste népalais-maoïste. Nous subissions les pressions quotidiennes de la police et de l'armée, nous ne pouvions pas rester longtemps au même endroit, raconte-t-elle avec force gestes. Il a même été emprisonné durant trois ans en Inde. » Lorsqu'elle évoque ses enfants, ses yeux s'embuent, et il faut un moment avant qu'elle reprenne la conversation. « Ils se cachent dans une école, avec une fausse identité. Les membres de ma famille ne peuvent même pas leur rendre visite. Car si la police apprenait qui ils sont, ils pourraient être tués... » Et la femme de 38 ans, qui souriait bravement, s'éteint un moment.

Sa famille française

Mais son courage lui vient aussi de sa « famille française, peu importe l'origine de ses membres ». Les sans-papiers sont pour elle une grande famille, qui se bat pour une cause commune, une cause juste. « Ça n'est pas très différent du Népal. Là-bas, je me battais avec les maoïstes contre l'injustice, ici je me bats avec des étrangers pour mes papiers, et aussi ceux des autres ! » Ce qui la fait tenir, Shova, c'est le désir de rentrer un jour au Népal auprès des siens, dans un pays dirigé par son parti, pour lequel elle a tant sacrifié. « Je suis ici en attendant de ne plus être en danger, mais le Népal est mon pays. J'y finirai ma vie. » Et lorsqu'on fait remarquer à cette éternelle optimiste que la situation ne sera pas idéale de sitôt au Népal, une grande lucidité se manifeste : « Si je reçois enfin des papiers en France et que je ne peux pas rentrer, je travaillerai. Que voulez-vous que je fasse d'autre ? » •


Publié dans Actualités du Comité

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