Après la plénière de Palungtar, la lutte continue au sein du Parti

Publié le par Comite de Solidarité Franco-Népalais

Depuis la réunion plénière de Palungtar, la lutte au sein du Parti Communiste Unifié du Népal - maoïste continue. Difficile de donner une évaluation correcte de la situation à l'heure actuelle. Néanmoins, par les différents articles de la presse bourgeoise népalaise et les correspondances que nous avons, nous allons essayer de dresser un tableau de ce qui s'est passé dans l'après-Palungtar et ce qu'il pourrait se passer dans quelques mois.

 

La lutte idéologique

 

La lutte idéologique est le moteur de tout Parti Communiste sincère. La réunion de Palungtar a été la forme la plus haute et la plus développée de lutte idéologique qui a pu se dérouler dans l'histoire du PCUN-maoïste. Les débats de la plénière ont fait les unes de tous les journaux et ont rempli les discussions de la vie courrante.

 

Formellement, le Parti est uni autour de la nécessité d'une révolte populaire. Mais là où il y a lutte, c'est sur la place que prend la révolte populaire dans la prise du pouvoir. C'est bien ça le coeur du problème et de la solution dans toute révolution : le pouvoir.

 

Comme nous l'avons déjà évoqué à plusieurs reprises depuis la formation du Comité de Solidarité Franco-Népalais, l'aile droite du Parti défend la ligne d'institutionnaliser la République Démocratique en favorisant le processus de paix, l'écriture de la nouvelle constitution et le parlementarisme, au détriment de la lutte de classe et du développement du Pouvoir Populaire. Cette ligne se repose sur l'argument principal que la situation internationale est défavorable à la révolution au Népal et que l'ennemi principal de la révolution est constitué des restes de la classe féodale et des réactionnaires locaux. Selon les tenants de cette analyse, la révolte populaire ne sera mise en place qu'une fois les conditions internationales favorables pour la victoire de la révolution au Népal. La mobilisation des masses pour la révolution est donc repoussée jusqu'on ne sait où. La moblisation des masses est limitée à un moyen de pression lors des négociations

 

En clash direct avec cette ligne, il y a les partisans de la préparation immédiate de la révolte populaire. Selon cette analyse, la révolte populaire est le seul moyen pour parvenir au pouvoir et instaurer une République Populaire, source de réels transformations dans la vie de la partie opprimée de la population. Le processus de paix et l'écriture de la constiitution sont voués à l'échec et le parlementarisme est un jeu dangereux qui risque d'engluer le Parti et lui faire perdre sa fougue et sa pratique révolutionnaires. Cette ligne va même plus loin et affirme que c'était une erreur pour le Parti de mettre fin aux 10 années de Guerre Populaire et surtout de dissoudre les Gouvernements Populaires mis en place dans les zones libérées ; que le gouvernement dirigé par Prachanda n'a pu apporter aucune amélioration dans la vie des masses opprimées ni aucun autre changement significatif. Au contraire de la ligne pour l'institutionnalisation de la République Démocratique, la ligne de la République Populaire définit l'ennemi principal de la révolution comme étant l'expansionnisme indien (et pas l'Inde en tant que telle comme il a pu être écrit).  La lutte révolutionnaire et la mobilisation des masses doivent donc avoir pour objectif l'indépendance nationale.

 

Et puis il y a une autre position, plus vague, qui essaye de naviguer entre deux eaux. C'est la position qui affirme qui met l'accent sur la révolte mais qui la conditionne à une tentative de bloquer le processus de paix de la part des réactionnaires. C'est la position qui affirme que l'ennemi principal à l'heure actuelle est une fusion des réactionnaires locaux et de l'expansionnisme indien. Cette ligne affirme que le bilan du Parti depuis l'entrée dans le processus de paix est positif. Mais c'est également une ligne qui ne pourra pas continuer à rester dans ce flou bien longtemps.

 

Les dernières décisions du Comité Central

 

Les dernières nouvelles issues de la réunion du Comité Central vont d'ailleurs dans ce sens.

 

Le document présenté par Prachanda (qui représente la 3è analyse) a été accepté par Kiran (qui représente la 2è analyse) et rejeté par Bhattarai (qui représente la 1ère analyse).

 

Les trois dirigeants seraient en revanche tombés d'accord sur le plan de travail immédiat du Parti puisque les divergeances idéologiques continueront d'être discutées.

 

Nous ne connaissons pas textuellement le document présenté par Prachanda mais voici comment il est présenté. A priori, il met l'accent sur la révolte populaire tout en proposant de mettre en avant des revendications pour la paix et la nouvelle constitution.

 

Kiran aurait accepté que l'ennemi principal soit désigné comme un mélange d'expansionnisme indien et de réactionnaires locaux.

 

Une nouvelle revue sera également éditée pour le débat idéologique, malgré l'opposition de Bhattarai.

 

Kiran a affirmé son désaccord avec l'analyse de Prachanda et Bhattarai comme quoi la ligne du processus de paix, de la constitution et de la République Fédérale Démocratique adoptée par le Parti avait été correcte. Il a également critiqué l'arrêt de la Guerre Populaire et la dissolution des Gouvernements Populaires.

 

Bhattarai a de son côté affirmé : "Ce plan d'action ne fera qu'aider la contre-révolution si l'on tient compteà la fois de la situation nationale et internationale." "Je peut également me tromper. Malgré mes réserves, je soutient le plan d'action immédiat adopté par le Parti."

 

Les prochaines luttes

 

Dans le plan d'action immédiat du Parti sont inclus :

 

- des mobilisations à partir du 30 décembre ;

- des formations des cadres jusqu'au 14 janvier ;

- des manifestations et une campagne de mi-janvier à mi-février aboutissant au lancement d'une grande lutte pour le 13 février, date anniversaire du lancement de la Guerre Populaire le 13 février 1996 ;

- une accentuation des programmes de lutte le 7 avril, date anniversaire du Mouvement Populaire d'avril 2006.

 

Par rapport à l'Armée Populaire de Libération, l'intégration n'a toujours pas eu lieu. Normalement, l'UNMIN doit quitter le Népal d'ici le 15 janvier. A l'heure actuelle, il y a peu de chances qu'elle se déroule.

 

L'aile gauche du Parti pousse pour qu'il n'y ait pas d'intégration tant qu'il n'y a pas un "paquet" négocié incluant les modalités d'intégration, l'exercice du pouvoir et l'écriture de la constitution.

 

D'autres veulent s'assouplir pour démontrer la "bonne foi" des maoïstes dans le processus de paix.

 

Les maoïstes veulent également dynamiser les organisations de masses. Ainsi, lors de la 18ème Conférence Nationale du Syndicat Etudiant Indépendant National (Révolutionnaire), plusieurs dirigeants du Parti et l'ex-dirigeant du syndicat ont appelé à se renforcer et à se préparer à la révolte. Prachanda a même demandé aux étudiants de transformer les campus en barraquements.

 


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daniel 20/12/2010 12:39


Il ne faut pas présenter la question de la dissolution des Gouvernements Populaires comme un sujet de division dans le parti maoîste.
Basanta du Bureau Politique s'exprimait dans ce sens là: "Il y a eu un pouvoir populaire sur l’ensemble du pays, tout d’abord. Mais depuis les Accords de paix ce n’est plus le même pouvoir, cela a
changé ; des compromis ont été passés. Toutefois nous avons fait des erreurs, nous aurions dû maintenir le PP sous d’autres formes. Actuellement ce PP n’existe plus. Mais nous avons maintenu notre
influence d’une autre manière. Toutefois, les classes réactionnaires depuis les Accords de paix sont réapparues, sous la forme d’individus non élus. En fait nous avons maintenu notre influence au
niveau local face aux forces réactionnaires. C’est pourquoi le pouvoir populaire ne peut être institutionnalisé dans la situation actuelle.
Nous avons commis quelques erreurs en faisant des compromis avec les classes ennemis, nous avons "abandonné" le pouvoir populaire. Nous avions établi des Communes Populaires (avec des hôpitaux, des
écoles, etc.) --- elles continuent de fonctionner mais le gouvernement central ne nous aide pas. A l’époque de la guerre populaire prolongée (GPP), nous avions de forts Pouvoirs Populaires dans les
communes et nous n’avions pas de problèmes d’argent. Aujourd’hui, les Communes fonctionnent mais ne se développent plus."
Même Batharai de l'aile droite, a dit dans le Red Star que ça a été une grosse erreur de désactiver le Pouvoir populaire.
Il y a unité sur le constat que ce compromis coûte cher aujourd'hui pour avancer dans le processus révolutionnaire. Attention à ne pas caricaturer les positions.