Népal : une `sainte alliance` contre le Peuple

Publié le par Comite de Solidarité Franco-Népalais

Voici un article posté par Himalove sur le site Bellaciao (http://bellaciao.org/fr/spip.php?article69377). Il reprend un article publié dans l'organe du PCR-Canada Le Drapeau Rouge - Express et deux traductions d'articles publiés dans le journal anglophone lié au PCN-maoïste The Red Star. Bonne lecture.
Le Comité de Solidarité Franco-Népalais

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Plus de trois mois après la tenue de l’élection historique à l’assemblée constituante qui s’est soldée, de l’aveu même des médias bourgeois, par un «balayage maoïste» au Népal, il est désormais évident que les partis politiques traditionnels vont tout mettre en œuvre, avec le soutien des puissances étrangères, pour empêcher la concrétisation de la victoire remportée par les forces populaires.

C’est ainsi qu’après des semaines de tergiversations, une «Sainte-alliance» formée par le parti du Congrès (pro-indien), les partis séparatistes de la région du Teraï et les révisionnistes de l’UML vient d’imposer l’élection du secrétaire général du parti du Congrès, Ram Baran Yadav, à la présidence de la république.

Quelque 308 des 590 membres de l’assemblée constituante qui ont pris part au scrutin l’ont en effet désigné à ce titre lundi matin, rejetant le candidat appuyé par les maoïstes, Ramraja Prasad Singh — un militant républicain indépendant respecté, connu pour avoir organisé une série d’attentats à la bombe contre le Parlement et le palais royal en 1985.

Vendredi dernier, un membre du Madhesi People’s Rights Forum (une formation séparatiste liée aux fondamentalistes hindous), Paramananda Jha, avait déjà été élu à la vice-présidence contre la candidate du PCN (maoïste), Shanta Shrestha.

Bien que ces deux fonctions soient considérées plus honorifiques qu’autre chose (le vrai pouvoir devant échoir au conseil des ministres), le coup de force perpétré par les partis traditionnels (et leurs alliés de circonstance) vise clairement à empêcher les maoïstes, qui ont pourtant remporté l’élection du 10 avril !, à réaliser les transformations sociales en faveur desquelles le peuple du Népal s’est prononcé.

Réagissant à ce nouveau développement, le comité central du parti maoïste a donc décidé de ne pas participer à la formation du nouveau gouvernement, qui devrait intervenir d’ici peu. Un membre du secrétariat du parti, Barshaman Pun, a précisé que les maoïstes resteront dans l’opposition, ce qui laisse évidemment grandes ouvertes toutes les questions liées aux changements prévus, notamment quant à la formation d’une nouvelle armée nationale qui inclurait l’Armée populaire de libération, dont les membres demeurent toujours cantonnés.

Dans le dernier numéro du journal Le Drapeau rouge, paru début juillet, au Canada, nous avions déjà évoqué les nombreux défis et les difficultés auxquelles les révolutionnaires du Népal sont actuellement confrontés.

Ces questions font l’objet de débats extrêmement importants et en même temps très ouverts au sein du PCN (maoïste), comme en témoignent ces extraits de deux articles récemment publiés par le magazine The Red Star : nous souhaitons que leur lecture incitera les progressistes et les révolutionnaires du monde entier à se solidariser avec une révolution vivante, qui n’en mérite pas moins.

Le Drapeau rouge-express

L’impasse actuelle et nos tâches


Depuis son initiation, la révolution de démocratie nouvelle n’a cessé d’atteindre de nouveaux sommets. Sous la direction de notre parti, l’héroïque peuple népalais a aboli cette institution féodale vieille de 240 ans qu’était la monarchie. La décision prise en ce sens lors de la première session de l’assemblée constituante a jeté les bases de la République fédérale et démocratique du Népal. Personne ne peut ignorer que ce changement n’a été possible qu’en raison du leadership dynamique de notre parti et de son idéologie scientifique — le marxisme-léninisme-maoïsme et la «voie de Prachanda». N’eussent été les 10 années de guerre populaire qui ont permis de politiser les masses et de les mobiliser dans la lutte contre le féodalisme et l’impérialisme à l’échelle de tout le pays, le soulèvement populaire d’avril 2006 n’aurait pu avoir lieu. De la même manière, la proclamation de la république se ferait toujours attendre, à défaut ce soulèvement de masse. [...]

Le Népal est un pays semi-féodal et semi-colonial. Le féodalisme et l’impérialisme, et surtout l’expansionnisme indien, ont toujours été des barrières à une transformation radicale des rapports sociaux, économiques et culturels et à l’affirmation de la souveraineté populaire et nationale. Avec la proclamation de la république, l’institution féodale qu’était la monarchie a été abolie ; sans doute le féodalisme s’en trouve-il considérablement affaibli sur le plan politique. Mais la lutte pour s’en débarrasser est loin d’être terminée. En outre, la république démocratique demeure liée à l’ordre mondial impérialiste. Dès lors, la république bourgeoise ne peut nullement être considérée comme un régime politique appartenant en propre aux classes, aux nationalités et aux régions opprimées du Népal.

Le slogan d’un «nouveau Népal», utilisé de manière quasi outrancière durant la campagne électorale, ne peut être réalisé que par le déracinement du féodalisme et de l’impérialisme. Seule la dictature conjointe des forces démocratiques et patriotiques sous la direction du parti du prolétariat, i.e. la démocratie nouvelle, peut permettre la transformation du Népal actuel en un nouveau Népal.

Ce qui a été mis en place à ce jour, c’est une république fédérale et démocratique. Il s’agit en quelque sorte d’une démocratie bourgeoise, dans laquelle le PCN (maoïste) joue un rôle central. Toutefois, l’avant-garde du prolétariat népalais n’a pas encore conquis la totalité du pouvoir d’État. La révolution népalaise n’a pas encore atteint l’objectif stratégique de la démocratie nouvelle — savoir la dictature conjointe des forces anti-féodales et anti-impérialistes, dirigée par le parti prolétarien. Il faut voir que la république fédérale et démocratique est un mot d’ordre tactique qui doit favoriser l’achèvement de la démocratie nouvelle, qui comme Mao l’a définie, correspond elle-même à la première étape de la révolution prolétarienne. Par conséquent, il ne saurait être question de considérer ce mot d’ordre comme une stratégie ou une étape séparée précédant la démocratie nouvelle.

La révolution népalaise, qui est à l’étape de l’offensive stratégique, se trouve dans une phase cruciale. Les forces révolutionnaires luttent contre les forces contre-révolutionnaires afin de créer une situation favorable, dans laquelle elles pourront conquérir le pouvoir tout entier ; quant aux forces contre-révolutionnaires, elles font tout ce qu’elles peuvent pour ne pas perdre le pouvoir et empêcher les opprimés de le leur arracher. Un conflit politique intense se dessine. Notre parti est à l’offensive ; cependant, il n’a pas encore triomphé.

À un moment où la république fédérale et démocratique a été proclamée mais où le parti n’a pas encore réussi à faire un pas tactique supplémentaire, une certaine confusion règne au sein du camp de la révolution à l’échelle nationale et internationale — y compris dans nos rangs. Il y a toujours eu différentes tendances au sein du mouvement communiste — de droite, de centre ou de gauche — si bien qu’une telle confusion est normale, jusqu’à certain point.

[...] Tout le monde sait que la deuxième conférence nationale du parti, tenue en 2001, a formulé comme tactique politique la mise sur pied d’une table-ronde et d’un gouvernement intérimaire, ainsi que l’élection de l’assemblée constituante. En août 2004, le comité central a concrétisé cette orientation avec le mot d’ordre de république démocratique. Maintenant que l’élection de l’assemblée constituante a eu lieu et que la République fédérale et démocratique du Népal a été proclamée, cette tactique a fait son temps. Toutefois, le parti n’a pas encore élaboré une tactique nouvelle et appropriée à l’organisation de l’offensive finale vers la conquête du pouvoir. Naturellement, cette situation a mené à une certaine confusion. Celle-ci ne doit pas durer. Si cette situation perdure, cela pourrait mener, consciemment ou pas, à ce que l’actuelle république démocratique soit vue comme une étape stratégique précédant la révolution de démocratie nouvelle.

Avec l’élection de l’assemblée constituante et la proclamation de la république, les rapports sociaux et les rapports de classe ont changé, même si la vieille structure socio-économique semi-féodale et semi-coloniale demeure. La monarchie, qui était l’institution numéro un du féodalisme, a cessé d’exister. Même si le féodalisme continue à exister en termes économiques et culturels, la bourgeoisie compradore, qui sert surtout les intérêts de l’expansionnisme indien, est désormais au-devant de la scène. En ce sens, on peut dire que l’aspect national de la révolution de démocratie nouvelle prend le dessus sur l’aspect démocratique.

Le conflit politique qui s’aiguise entre les partis politiques reflète essentiellement la lutte quant à savoir quelle classe — la bourgeoisie compradore ou les forces démocratiques et patriotiques sous la direction du prolétariat — devrait diriger le Népal. L’expansionnisme indien maintient sa poigne sur le parti de la bourgeoisie compradore, afin de maintenir le pays dans son giron. La récente alliance entre le parti du Congrès et les partis madhesh est venue briser l’entente précédemment conclue entre notre parti et les sept partis parlementaires. Une nouvelle polarisation réactionnaire se dessine. [...] La souveraineté et l’intégrité nationales sont en danger.

[...] Le moment est venu d’appeler les forces démocratiques et patriotiques à lutter contre la capitulation nationale, et à bâtir un puissant front uni pour la conquête du pouvoir. [...]

Basanta [Article paru dans le magazine The Red Star (vol.1, n° 11, 4-15 juillet 2008). L’auteur est membre du comité central du PCN (maoïste).]

Révolution et compromis


Notre révolution est à l’étape de la négociation ; notre parti considère le compromis comme un aspect parmi d’autres de la lutte de classe. La question n’est pas encore déterminée quant à savoir si le compromis actuel mènera à la révolution ou à la contre-révolution. Une lutte incessante et féroce se déroule entre deux conceptions du monde, qui attire l’attention à l’échelle nationale et internationale.

Le marxisme admet la possibilité des compromis ; cependant, il considère impossible d’accomplir une révolution par une succession de compromis. Le compromis peut être utile à un moment donné pour obtenir le pouvoir d’État, mais il est impossible d’établir le pouvoir prolétarien en se fondant uniquement sur les compromis. Les courants opportunistes et réformistes, quant à eux, considèrent le compromis non seulement comme une nécessité dans une situation donnée, mais comme un objectif en soi. Ils croient qu’on peut changer la société et transformer le pouvoir d’État par le compromis et la négociation, plutôt que par la révolution. Ces deux conceptions, opposées, sont en voie de s’entrechoquer au Népal.

Notre parti, le PCN (maoïste), et le parti du Congrès sont aux prises sur la question de la négociation. Au départ, le parti du Congrès ne voit pas ou ne croit pas à la nécessité de la révolution au Népal. Tout ce qu’il souhaite, c’est de négocier le partage des différents ministères avec les maoïstes, l’UML et d’autres partis. Selon lui, le développement économique est suffisant, en soi, et la révolution politique n’est pas nécessaire.

[...] Le communisme est l’objectif ultime du PCN (maoïste), précédé par la république populaire et l’étape du socialisme. Pour y arriver, il faut que l’État soit dirigé par un parti communiste. Même si nous ne sommes pas, en soi, contre le fait de faire des compromis, nous, maoïstes, devons nous opposer au «négociationnisme».

De par l’impact de la lutte de classe, des conceptions différentes à propos du compromis et de la négociation sont apparues au sein du parti ; cela n’a rien de surprenant. Pour parler franchement, la tendance «négociationniste» se répand tel un virus dans notre parti. Parce qu’elle se développe dans nos propres rangs, cette tendance est cent fois plus dangereuse que celle représentée par le parti du Congrès. Cette tendance voudrait mettre fin à la révolution politique et se limiter à la soi-disant «révolution économique» et au partage du pouvoir. En dernière analyse, le «négociationnisme» fait dépendre la révolution des facteurs et éléments hostiles et néglige de construire les bases au pouvoir d’État prolétarien.

Le parti du Congrès pousse dans le sens de la contre-révolution. Il ne souhaite rien d’autre que de voir le parti révolutionnaire prolétarien favoriser le statu quo et plonger dans les eaux stagnantes du vieil État. C’est pourquoi il a proposé une série de sept exigences incluant la dissolution de la Ligue des jeunes communistes, celle de l’Armée populaire de libération, et la remise en question de tous les gains réalisés durant la guerre populaire. [...]

Nous, maoïstes, souhaitons transformer le compromis actuel en révolution, ce qui implique d’écarter la contre-révolution. Pour ce faire, nous devons élargir les moyens et les bases de la révolution. Il faut consolider le parti, l’APL et le front uni et les porter à un niveau supérieur. Il faut proposer des perspectives politiques et économiques claires et conquérir le pouvoir d’État.

Nous avons déjà accepté de dissoudre les organes locaux du pouvoir populaire. Nous avons dissous les tribunaux et les milices populaires. Les coopératives, communes, dispensaires et écoles qui ont été établis durant la guerre sont maintenant affaiblis. Dans ce contexte, s’il fallait que nous acceptions les exigences du parti du Congrès (directement ou indirectement), cela équivaudrait à une déclaration à l’effet que la révolution est terminée. Il n’y a pas eu de grande discussion à ce sujet, mais une tendance considère que cela ne ferait aucune différence si nous acceptions les sept revendications du parti du Congrès. Cette tendance au libéralisme par rapport à ces exigences n’a rien de révolutionnaire et elle sert les intérêts du parti du Congrès.

Le compromis est une situation inhabituelle pour la révolution. Lorsqu’il y a un accord et que s’ouvre une période de négociation, on a l’impression que tout est paisible, mais ce n’est là qu’une illusion. Derrière le mince rideau des négociations, les points de vue, tendances et forces rivales s’opposent de manière acharnée. Les deux camps essaient de l’emporter. [...] Celui qui se trouve en mauvaise posture aura tendance à briser les termes de l’entente et à se battre pour sa survie. Rendu à un certain point, c’en sera fait du compromis : l’équilibre entre les deux forces sera rompu et la confrontation entre révolution et contre-révolution prendra le dessus. Historiquement, cela s’est déjà produit au Népal. Jusqu’ici, le parti du Congrès et les impérialistes ont cru qu’ils seraient capables détruire le PCN (maoïste) avant l’élection. Des partis et organisations fraternels à l’étranger ont aussi pensé qu’en quelque part, notre parti se ferait bouffer tout rond ! Mais durant la campagne électorale, les masses populaires ont protégé le PCN (maoïste) comme leurs propres enfants, et le parti du Congrès et les impérialistes ont échoué dans leur mission. [...] Là, nous devons porter notre attention vers la défense de la révolution, ce qui implique qu’on en finisse avec le compromis.

Si nous acceptons l’idée que la révolution népalaise est partie prenante de la révolution mondiale et qu’il faut tirer les leçons des révolutions du passé, il appartient aux révolutionnaires du monde entier de discuter et clarifier la notion de compromis. Cela signifie que nous devons nous creuser les méninges, afin de développer une nouvelle idéologie et une nouvelle conception susceptibles de résoudre les problèmes auxquels nous faisons face et protéger la révolution népalaise. Bien qu’il se soit avéré difficile jusqu’à maintenant d’aborder ces questions, nous pouvons nous appuyer sur les suggestions qui nous ont été faites par le Comité du MRI, le RCP,USA et le Parti communiste de l’Inde (maoïste).

Bref, si le compromis est possible dans une révolution, la révolution est impossible par le seul compromis. Les impérialistes et les réactionnaires veulent faire basculer la révolution vers la contre- révolution, tandis que les communistes révolutionnaires souhaitent transformer le compromis en révolution. La conspiration qui vise à utiliser le compromis pour favoriser la contre-révolution se développe avec vigueur actuellement. Nous devons la faire échouer en unissant les forces révolutionnaires mondiales. Si nous luttons contre les forces réactionnaires, nous devrions être en mesure de les défaire. La révolution qui se déroule dans quelque coin du monde que ce soit est partie prenante de la révolution mondiale. De même, les compromis en font partie eux aussi. Par conséquent, il appartient aux révolutionnaires du monde entier de lutter conjointement pour transformer le compromis actuel en révolution. [...]

Netrabikram Chand («Biplab») [Article paru dans le magazine The Red Star (vol. 1, n° 10, 19-30 juin 2008). L’auteur est membre du secrétariat du comité central du PCN (maoïste).]

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